RETOUR A MISTRAL
ou : THRENE POUR UN FLEUVE DÉFUNT

Deuxième partie

Publié en ligne le 17 juillet 2014

Par Hélène TUZET

C’est à propos des deux jeunes héros, choyés par le poète, et condamnés (est-ce bien par lui ?) que l’habileté consommée de l’écrivain multiplie les énigmes irritantes, d’autant plus attachantes qu’elles sont insolubles. Tout présente un double visage : rassurant, inquiétant.

Leur coup de foudre réciproque d’abord : Mistral insiste sur ce qu’il a de naturel : la fillette est délicieuse, le jouvenceau est plein de flamme, et sur l’eau « les amours vont vite ». Et cependant ils sont « liés par le mystère1 ». Il s’agit bien, pour l’Anglore, d’une fascination maléfique : celle de la fauvette par la couleuvre. Et le prince lui-même était séduit d’avance. Il ne pensait qu’à l’inconnue, et cette obsession lui semblait étrange2. Il n’y a pourtant rien de mauvais dans leurs cœurs. Ce qui agit entre eux, en eux, vient d’ailleurs.

Toute leur histoire présente deux versants : l’un tout de fraîcheur et d’innocence ; l’autre reste dans l’ombre. Ainsi, à la foire de Beaucaire, ces deux êtres prédestinés ne sont qu’un couple de gentils amoureux bousculés dans la foule, flânant et s’amusant de tout. Mais, de temps en temps, un trait nous rappelle le caractère fatal, et même sacrilège, du lien qui les enserre : le signe du Drac sur le bras du prince, la forge des anneaux.

Et chacun d’eux, à son tour, est double.

L’Anglore pourrait n’être qu’une adolescente gaie, moqueuse ; illettrée, mais la tête farcie de traditions et de légendes ; singulièrement hardie et aventureuse, que n’effraient nullement les terribles récits sur le Drac, que dévore la curiosité des cavernes merveilleuses où il pourrait la conduire ; hardie aussi dans son abandon à une sensualité juvénile qui s’ignore. Plus encore : une passionnée comme Mireille, toute à son premier amour, prête à suivre l’aimé au bout du monde.

Mais il y a autre chose. Maître Apian constate avec inquiétude que ses hommes ne parlent que d’elle : ils semblent ensorcelés. Pour lui, il est persuadé qu’elle porte malheur à son bateau. Les patrons craignent qu’elle ne brouille magiquement leurs équipages. Plus encore : elle a le don de prophétie. Quand l’esprit la saisit, elle est méconnaissable : sa stature grandit ; fière, l’œil ardent, « telle qu’une sibylle, alors la vierge – éleva son bras nu3… » et c’est pour prédire le malheur.

Enfin, la fascination qui fait d’elle l’esclave, l’adoratrice de « son Drac », qu’elle nomme son dieu, pour qui elle est prête à se perdre, dépasse nettement la plus folle des passions humaines.

Et cependant, tout au long du récit, l’exaltée, l’inspirée redevient périodiquement la petite fiancée naïve, tantôt jalouse et noyée dans les larmes pour une infidélité supposée (devant laquelle son don de seconde vue l’abandonne !) ; tantôt fière de ses noces prochaines, dont elle bavarde gentiment avec le mousse du bateau, tout en cuisinant le repas de l’équipage. – Et ce glissement paraît si naturel que le lecteur suit sans broncher.

Un prince décadent

La personnalité du prince d’Orange, plus fouillée, ne présente au début, à une lecture superficielle, rien d’inquiétant. Situé au temps du romantisme, (le récit prend place en 1832), il ressemble plutôt aux héros décadents, contemporains de la vieillesse de Mistral4. On l’a comparé à Louis II de Bavière, et les affinités ne manquent pas. Doué d’une ardente imagination, à laquelle il s’abandonne sans prudence, il a conçu une philosophie du rêve, sur laquelle nous reviendrons. Il a conscience d’une perte de vitalité, d’un sang appauvri. Le sang vermeil de ses aïeux, il vient le redemander à un contact avec leur terre, au soleil de Provence, mais aussi à l’union avec une jeunesse neuve et fraîche.

Son propos, en apparence absurde, d’épouser la petite sauva­geonne, s’explique par ce culte du primitif commun aux raffinés de toutes les civilisations finissantes. L’Anglore, c’est le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui. Il plonge dans cette âme neuve, comme dans le clair d’une fontaine pure5. D’ailleurs, le prince, d’éducation classique, formule ses rêves en termes classiques. L’inconnue désirée est une nymphe, la Fleur rose est née du sang de Galatée ; la petite « orpailleuse » avec sa récolte de pépites est Médée, gardienne de la Toison d’or – Rien de surnaturel dans tout cela.

Prédestination et métamorphose

Oui ; mais le prince apparaît d’emblée comme voué aux eaux. Il vient d’un royaume ombreux, paludéen, où le Rhin se noie dans les brumes. La couronne qu’il ceindra est tissée de fleurs d’iris, et c’est une autre fleur des eaux qu’il porte comme insigne. Ce qui lui manquait, c’était le mariage des eaux et du soleil. Sa migration vers le sud est assimilée à celle des cygnes. C’est par les eaux, de canal en canal, vers la Saône, qu’il est descendu de son pays, suivant la suggestion de son sang rhodanien. Et quand il a trouvé la créature fluviale que son rêve lui figurait, c’est aisément qu’il accepte d’être, pour elle, le génie du fleuve. Il essaie bien, au début, de la ramener au réel : « Si je te disais que tu parles au fils du roi de Hollande ? » Mais il sera bien vite sorti du réel à son tour. Ce n’est pas impunément qu’on feint d’être le Drac : on le devient – Guilhem va présenter les phases d’une métamorphose insidieuse.

Le but conscient de son voyage, c’était Orange, berceau de ses aïeux. Or il ne débarque pas, il laisse passer, sans l’avoir vue, la ville vénérée, – non sans une larme fugitive. C’est l’instant où il assume pleinement sa nouvelle personnalité : « De quoi vais-je me plaindre, si j’ai perdu l’empire, pour devenir le dieu de l’eau magique6 ? » Il rêvait déjà d’une royauté nouvelle, toute spirituelle ; il obtient plus encore.

Deux actions définitives scellent cette acceptation. À Beaucaire, il se fait tatouer sur le bras l’image du génie de l’onde : c’est de ses « veines bleues » qu’il veut voir surgir ce simulacre. Et, de la poudre d’or ravie au fleuve que l’Anglore vend à l’orfèvre, il fait façonner deux bagues de fiançailles ; l’une, pour l’accordée, porte le signe du Drac, l’autre, pour lui-même, le signe du lézard, emblème de sa promise7. Le lézard, dit l’Anglore, n’est-il pas le petit frère du dragon8 ? Tout cela pourrait n’être qu’un jeu ; mais il est des jeux qui engagent fort loin.

Le prince, habité par le Drac, semble avoir acquis des puissances nouvelles. Frappé, par vengeance, d’un coup qui devait être mortel, relevé sans vie, il se ranime : de cette énigme il y a, comme toujours, deux solutions : l’une, rationnelle : le « ressort de sa nature », – l’autre, surnaturelle : le Drac du Rhône, dit-il lui-même, peut-il mourir ?

En tout cas, le ressuscité possède, à présent le don de prophétie. C’est alors qu’il offre aux mariniers, – en un lieu sacré, évoquant l’héroïque résistance de Beaucaire, – le solennel banquet d’adieu. Le toast qu’il prononce ici9 répond symétriquement au premier, porté par lui au début du voyage, à la Table du Roi10. Triple brinde : à l’Anglore, fleur du Rhône (encore inconnue), au fleuve lui-même, au Soleil, – énoncé par le jeune homme hardi et joyeux qui partait en quête d’une initiation. Maintenant c’est l’initié qui parle. Il a des lueurs sur l’avenir. Il lèvera son verre « à la cause vaincue » : celle des anciens défenseurs de « leur grand Rhône libre » ; celle de leurs descendants qui vont, à leur tour, livrer la dernière bataille pour défendre « le Rhône dans sa vie ». Il prédit la défaite, interdit de gémir sur elle, suggère de l’accepter, comme les ancêtres, le rire aux lèvres ; et impose, « pour bien finir », le rite immémorial, la fête, la joie, – ce qui est profondément conforme à la philosophie de Mistral. – « En face du Soleil et du grand Rhône – faisons la Rouanade et la Soulenque » !

Aux mariniers, qui l’ignorent, il tait le nom mythique du Soleil. Mais lui, qui est le Drac, qui dans les monuments antiques a cru reconnaître une association étroite entre le Drac et Mithra11 ; lui, venu d’abord simplement chercher pour lui la vertu vitale du soleil de Provence, est devenu maintenant un dévot, voire un myste, de Mithra. Il se sent le frère des anciens pèlerins qui, comme lui, montaient et descendaient la vallée. Et il adresse au dieu une prière : « Moi, le dernier de tes croyants peut-être… » en hommage à l’autel délaissé, il va rendre vie, – du moins le croit-il, – aux rites antiques, en célébrant ses noces sous les auspices de Mithra.

Ces noces projetées, elles aussi, ont un double visage. C’est bien Guilhem d’Orange, – le poète lui donne ici, avec une certaine gravité, son nom prestigieux, – qui jure solennellement d’épouser celle qu’il a librement élue. Élue pour de claires raisons, qu’il donne : pour sa foi dans le merveilleux de la fable ; pour son abandon à l’amour, sans prudence ni réticence ; pour sa liberté vis-à-vis de « nos liens et nos fards » ; enfin, pour la pureté de son sang, où « gît la rénovation des vieilles sèves12 ».

On ne saurait mieux expliciter l’antique légende du prince épousant une bergère… Mais Mistral se garde sagement de conduire plus loin le rêve de Guilhem. La sauvageonne, fille du fleuve et du soleil, devenue reine de Hollande ?… Une seule allusion du prince à leur avenir commun. Ce que je ferai de toi ? « ma comtesse fantasque de Mondragon, ou, si tu aimes mieux, d’Orange13 ». L’ambiguïté de l’histoire se manifeste une fois de plus. Selon la double personnalité de l’époux, l’Anglore le suivra dans les abîmes, – Mon dragon passe pour un des repaires du Drac, – ou dans quelque résidence de l’antique maison provençale, où le prince, auprès d’elle, renoncerait à la royauté qu’il méprise pour l’autre royauté, qu’il désirait… Vaines spéculations ! Il ne peut y avoir d’avenir, selon la philosophie du prince, pour qui la vie est la poursuite d’un rêve, jamais atteint.

L’autre visage de l’union projetée, ce sont les noces païennes, les noces mithriaques. Elles se consommeront sous le regard de la lune, (la lune félonne, disait pourtant l’Anglore), à la fontaine de Tourne, en présence du bas-relief où, pour l’Anglore, les fées ont inscrit les sorts de la rivière ; où pour le prince, le taureau est immolé au dieu solaire. Mais l’essentiel, c’est la source jaillissante, la vasque profonde et claire, dont l’eau rejoint le Rhône. Sans doute est-elle pour lui le symbole de la force renouvelée que son initiation a fait surgir en lui.

Le cœur du rite nuptial sera une immersion. « Dans le grand gouffre de la source, embrassés, – nous nous engloutirons14 ». Le terme est inquiétant. Est-ce le Drac qui parle ? va-t-il entraîner l’épousée dans les abîmes du fleuve, à jamais ? – Elle ne l’entend pas ainsi : nous nagerons de conserve, dit-elle ; et Guilhem reprend ses termes. Il s’agit plutôt d’un baptême purificateur : un rite qui existait dans les mystères de Mithra15.

Or, le caractère nettement païen de ces noces est affirmé par le prince. Il refuse le prêtre que la jeune fille, naïvement, réclamait. Elle se rappelle alors, sans que ceci ébranle le moins du monde son amour et sa résolution, qu’un signe de croix suffit à conjurer le Drac ; et se rassure, bien aisément, par une prière à Saint Nicolas…

L’art de Mistral est trop subtil pour qu’il affirme, nettement, que le Drac est un démon, que Mithra en est un autre. Il faut relever, dans le poème, des touches isolées. Nous avons appris en passant16, que Mithra a été « exorcisé » par le diacre Andéol. Et dans ce même chant XII où le prince expose le projet de noces païennes, Maître Apian rappelle, avec regret, un rite tombé en désuétude : un prêtre portant l’ostensoir, le « Saint Soleil », venait en barque, au Pont Saint-Esprit, bénir le Rhône. Le voisinage de cette allusion au Christ, Sol Justitiae, désormais écarté du fleuve, et du dieu solaire dangereusement rappelé, ne saurait être fortuit. Quelques vers plus loin, Maître Apian traite l’Anglore de sorcière, dont la seule approche « ferait sombrer une barquée de crucifix… ».

Or, la fillette est en réalité « ensorcelée » (enmascado), et même « possédée ». Elle trouve étrange cet engourdissement qui l’a saisie (comme la lavandière de la légende) dès la première vue du Drac. Quand il l’appelle, elle s’en vient en somnambule, « touto endourmide » ; « Je ne sais où je vais, dit-elle, mais si je me perds, de me perdre avec toi, cela m’agrée17 ». Il est son tout, il est son dieu : ce mot revient plusieurs fois. Est-elle consciente du sacrilège ?

La remontée de puissances démoniaques, parmi ce peuple de mariniers dont la piété sincère et touchante avait été si fortement affirmée au début du voyage, me semble un trait majeur du poème, bien que l’auteur se garde de l’expliciter. Seul un propos pittoresque de deux bateliers indique l’ébauche d’une prise de conscience : « Nous sommes à un siècle encorné par le diable18 ! »

Le Drac est un démon, Mithra est un démon, le prince et la jeune fille sont victimes d’un phénomène de possession : Mistral prend-il au sérieux ce drame spirituel ? – Je dirais : oui.

Chrétien sincère, Mistral avait, disait-il, la foi du charbonnier. Mais, – outre Sainte Estelle et les Saintes Maries, qu’il invoquait avec prédilection, – il voyait, en poète, le monde animé par une foule de créatures semi-divines : les Trêves, les Oulurgues… D’ailleurs l’érudit qu’il était ne pouvait ignorer que le christianisme primitif voyait, dans les dieux païens, des puissances démoniaques ; qu’un ésotérisme vivace peuplait l’eau, l’air, le feu, d’esprits plus ou moins bienveillants. Y croyait-il vraiment ? Je dirais : au moins d’une croyance poétique, et comme à une possibilité19. Les poètes font volontiers leur, comme Fontenelle pour la pluralité des mondes, la philosophie du Pourquoy non ?

Le dragon igné

Les noces sacrilèges n’auront pas lieu. Les époux devaient s’engloutir dans la fontaine : un autre engloutissement leur est réservé. Un nouveau monstre mythique va entrer en jeu, et provoquer le drame final, qui prolongera l’ambiguïté du poème, et ne résoudra pas l’énigme.

L’apparition se fait dans un calme trompeur, un demi-sommeil. Le bruit, lointain, l’approche, tout cela est du grand art. Elle se signale par une toux de dragon, puis par la fumée. Enfin il est nommé : « bateau à feu », « monstre », « nef magique ». Il a des « griffes », et son nom est : « Crocodile ». Il relève du feu ; non du soleil, qu’il obscurcit, ni du fleuve, qu’il violente, en soulevant des vagues affolées. Ce feu, Maître Apian, est celui de l’Enfer. Deux puissances s’affrontent : le dragon igné, le dragon aquatique qui réagit par une aveugle fureur ; les rapports normaux entre les bateliers et le fleuve, jadis apprivoisé, en sont détruits. Les hommes se trouvent pris et broyés, comme les guerriers de Troie, dans une obscure contestation entre les dieux. Le Fleuve, le Soleil, avaient un double visage, bienfaisant et redoutable ; le dernier apparu semble totalement maléfique.

La langue provençale se fait rude, pour évoquer la catastrophe, avec une densité impressionnante. Et Maître Apian se fait prophète à son tour, – cette seconde vue du désespoir, qu’on trouve à la fin des tragédies, – pour prédire au monstre le « cheval-fée » qui doit crever son ventre… Si le Destin antique semble mener le jeu, la prière initiale est exaucée : dans le désastre, tout l’équipage est sauf. Seul le couple charmant, à la fois innocent et maudit, le couple dont le Drac et Mithra s’étaient faits maîtres, a disparu…

Et dans ce poème où le lecteur doit, de lui-même, déceler les symé­tries, les rappels, – il se souvient de ce batelier sacrilège dont parlait Maître Apian, au début ; qui, pour un coup de feu à un crucifix se brisa, – lui aussi, – contre les arches du Pont Saint-Esprit et « fit un trou dans l’eau gloutonne20 ».

L’énigme du dénouement

Mais ici nous restons indécis sur le sort des amants – Guilhem, en tant que prince d’Orange, essaie en vain de sauver son amie. Mais en tant que Drac, ne l’entraîne-t-il pas au fond des eaux ? C’est ce dont Jean Roche reste persuadé. L’Anglore va-t-elle enfin connaître ces cavernes merveilleuses qui l’attiraient, et y mener la même vie crépusculaire que la lavandière de la légende ? Jusqu’à la fin, elle a gardé sa foi en son Drac. La dernière image que nous gardons d’elle nous laisse, encore une fois, perplexes. Elle « n’est plus de ce monde ». « Étroitement serrée aux bras du prince… et confiante en plein dans sa croyance douce, il lui semble s’envoler au paradis21 ».

Au paradis : Le bon Saint Nicolas aurait-il sauvé son âme, et par elle, aussi, celle de son ami ? Nous pensons à Nerte, qui, à la dernière minute, arrache au diable les deux âmes qu’il venait réclamer : la sienne, et celle de Rodrigue. Le poète n’aime pas damner les créatures qu’il a chéries…

Il a, d’ailleurs, hésité.

Il subsiste deux autres ébauches de dénouement, connues par des notes manuscrites. Celle qui semble la plus ancienne a été retenue jusqu’aux derniers mois de 189522. Dénouement optimiste, et tout humain : le prince sauvait, à la nage, l’Anglore et Maître Apian. La seconde ébauche devait être à peu près contemporaine de la version adoptée, et on peut supposer que l’auteur a eu peine à choisir. Selon celle-ci : à l’instant du naufrage, les amoureux se précipitent dans les bras l’un de l’autre. « Mon Drac, – dit-elle, – emmène-moi dans ton palais d’azur ». Et lui : « Viens dans mon rêve ». « Et ils se perdirent sous le Rhône ».

Si la foi de l’Anglore reste inébranlée, le prince, par le terme de « rêve », détruirait-il la réalité de cette foi ? – Il s’agit d’autre chose. La fin du récit se serait ici accordée à une philosophie du rêve dont l’importance est majeure dans le poème. Et nous devons enfin nous interroger sur cette trame de pensée.

Philosophie du voyage

Nous l’avons indiqué au début : l’art du poème, dans son caractère allégé, est déterminé par le cadre, par le « tempo », d’un voyage fluvial.

L’espace habitable, habité, est celui du fleuve. Tout en longueur, le Rhône, entre Royaume et Empire, est un empire à lui seul ; un empire en forme de ruban, qui parfois, s’étrangle entre des parois rocheuses, parfois s’élargit, s’étale ; tantôt rapide, tantôt quelque peu engourdi, propice à la flânerie et au demi-sommeil. Le milieu naturel de l’histoire, disions-nous, est le mouvement. On va vers quelque chose. Vers la Provence, d’abord, terre de promission : « cette Palestine » dit le texte ; terre fabuleuse où l’on fait son entrée sous les arches du Pont Saint-Esprit, « porte sainte » : le prince et l’Anglore croient pénétrer « dans la bénédiction23 » – Et au-delà, la mer, accomplissement de tous les fleuves ? – Non. La mer est à peu près ignorée ici. Mistral était d’ailleurs un terrien. Le but suprême, c’est la fête. La foire de Beaucaire, ses lumières, ses musiques, son tumulte. La fête est le véritable accomplissement. Pour Guilhem et l’Anglore, les fiançailles, que les noces ne suivront pas, et seraient-elles aussi belles ? Pour les mariniers, le festin, fête conjointe du Rhône et du Soleil, célébration d’une double et héroïque défaite : celle du passé, celle du proche avenir.

Passé, avenir ? Le voyage au fil de l’eau crée une nouvelle intuition du Temps. Le sentiment du temps qui passe s’accélère, mais sans angoisse : accordé à la fuite des rives qui s’enfoncent dans le passé. Car ce sont les rives qui passent, non les passagers. Leur plongée dans un horizon vers lequel on ne se retourne plus est assimilée au naufrage dans les siècles révolus. Identification de ce qui est dépassé avec ce qui passe. Et il n’y a nul regret, nul désir de retenir la vision fuyante, d’arrêter le temps. Un exemple : le château de Saint-Vallier, où l’on croit voir la Belle Diane accoudée à la terrasse. Le château passe, Diane est morte, on va vers une vivante, l’Anglore nouvelette ; le thym refleurit tous les ans, l’amour est toujours jeune… Philosophie sereine d’un poète qui dépassait de loin l’idéologie traditionaliste où l’on se plaît à l’emprisonner24. S’il se penche sur les vestiges du passé, – l’ornière des câbles de halage, pareille à celle des chars romains, – sa piété n’a rien de morbide. Le Rhône, fleuve héraclitéen, lui apprend le caractère inéluctable, et aussi la grandeur, de la fuite du Temps.

La philosophie du poème ? Elle est double, comme on pouvait s’y attendre ; mais toujours, sagesse ou folie, c’est une philosophie de navigateur.

Pour Maître Apian, le vieux sage, « la vie est un trajet pareil à celui de la barque… » « Que sommes-nous ? ». Le jouet du brouillard, des rochers, des bas-fonds… « Qui veut apprendre à prier, qu’il navigue25 ! » Cependant l’homme est né pour naviguer ; il s’agit de savoir se conduire ; filer doux parmi les brisants ; entre Empire et Royaume, tenir le milieu26

Mais le prince, « le jeune sage », dit Mistral, dans ce glissement irrésistible au fil de l’eau, au fil du temps, vers un lointain lumineux, voit une autre image de la vie. « Qu’est-elle ? sinon un songe, une apparence au loin. – une illusion sur l’eau glissante, – qui devant nos yeux s’enfuyant tou­jours – nous attire au leurre et nous sert d’appât. – Ah, qu’il fait bon naviguer sans répit – vers son désir, encore que ce ne soit qu’un songe27 ! »

Et ce rêve, mieux vaut, poursuit-il, ne l’atteindre jamais. Quand on aura tout sous la main et qu’on saura tout par expérience, on n’aura plus de goût à vivre.

Que faire donc, conclut le prince, sinon s’abandonner ? « Car la sagesse – c’est se laisser emporter sur l’eau folle – à la grâce de Dieu, comme le cygne – en repliant la tête sous son aile28 ».

Le rude timonier Jean Roche a la même intuition : « L’Anglore doit être – l’étoile lointaine que n’atteint personne29 ».

Mais le rêve n’est pas seulement l’inaccessible : pour le prince le rêve est présent, l’assiège, il y baigne. « Dans la splendeur de cette vallée claire », tout est possible, rien ne l’étonné. « Mettez-y des princesses, des papesses, – des impératrices, des fées30… toute cette beauté y flotte à la vision – aussi vivante et légitime et vraie – que nous-mêmes, ici, que l’eau emporte31 ! »

Capitale, cette affirmation de la vérité du rêve, que la rencontre, – miraculeuse, – de la nymphe désirée semble confirmer. N’est-ce pas une des clés du poème, qu’en croyant assez fort à son rêve, on lui donne la consistance du réel ? Aussi Guilhem va-t-il trouver, reconnaître, la « reine naturelle » de la terre de promission ; et devenir le Drac pour de bon ; et ressusciter les dieux morts. De même l’Anglore rêve si fort de son Drac qu’elle le trouve. À donner sa foi au rêve, ne peut-on appeler, informer, recréer la réalité ? Et si on doit mourir dans cette foi… La seconde version du dénouement : « Viens dans mon rêve » n’était-elle pas l’accomplissement normal du voyage ?

Cette navigation vers une lumière inaccessible, cet abandon au rêve plus vrai que le réel, le raisonnable Mistral a confessé que c’était là, secrètement, sa philosophie personnelle… On peut y voir aussi la clé de la composition de ce poème énigmatique. Ne s’est-il pas laissé entraîner, sans l’avoir prévu, mais volontiers, comme le prince au fil de l’eau, à faire ce qu’il n’avait nullement, au début, projeté de faire ?

C’est là, à peu près, l’opinion de Pierre Rollet. Pour lui, Mistral ne découvre en quelque sorte le symbolisme de son poème qu’au fur et à mesure de sa construction… Il en dégage peu à peu la signification sans idée vraiment préconçue. « On peut distinguer trois couches superposées qui doivent correspondre à trois moments de la création poétique. Une couche purement réaliste… une couche médiane plus romanesque… le récit des amours quasi magiques du prince et de l’Anglore ; enfin recouvrant le tout et le pénétrant, un ensemble d’éléments symboliques32.

Malheureusement, la thèse de trois moments de la création ne peut être étayée que sur des éléments un peu fragiles. Il ne nous reste d’autres documents que deux manuscrits très tardifs et de dates très rapprochées. Le plus ancien, – appelons-le M.S.A., – date de l’année 1895 et n’est terminé qu’en décembre alors que Mistral « couvait » son poème au moins depuis 1890 ; le second : M.S.B., – évidemment une mise au net du précédent, – débute dès l’achèvement de celui-ci et se termine en mai 1896, peu avant que ne commence la publication du poème dans la Nouvelle Revue. Il y a enfin une copie, destinée à l’impression33 (M.S.C.).

Or le M.S.A., le plus intéressant, est fort incomplet, – les parties manquantes ont été, évidemment, perdues ; aux yeux de l’auteur, elles étaient au point, car M.S.B. les a recopiées sans variantes. Et c’étaient des parties capitales : tout ce qui concerne la philosophie du rêve ; tout ce qui concerne le dieu Mithra, la conversion du prince à son culte, le projet de noces païennes, y figurait ; et sur la date de leur première apparition, sur leur élaboration, nous ne saurons jamais rien.

On en sait un peu plus long sur ce qui regarde l’Anglore, le prince, le Drac. Le M.S.A., très retouché, fourmille de variantes ; ce qui, selon Rollet, est le signe d’une élaboration récente. Il y a même quelques additions importantes dans M.S.B. Ces parties témoignent, en cette année 1895, d’une haute température créatrice.

Voici les retouches qui m’ont frappée comme le signe d’une toute dernière évolution34 :

Au chant II, laisse XII : manquaient au M.S.A. les dix premiers vers et les quatre derniers ; ceux qui montrent le prince venu d’un royaume paludéen, par voie d’eau, comme les cygnes.

Au chant VIII, laisse LXVI : manquaient au M.S.A. les paroles du prince à l’Anglore : « N’es-tu pas la fleur d’amour, toi qui est née – comme elle au sein de l’eau, symbolises – la dilection unique et promitive – d’un monde neuf et brillant de jeunesse ? » Paroles essentielles, à la fois pour la personnalité du prince, – ce qu’il cherche, ce qu’il rêve, – et pour le sens de la figure de l’Anglore.

Encore au chant VIII, laisse LXVIII. Les derniers vers, admirables, sur les larmes des dieux, ont été ajoutés au M.S.B. Ils humanisent les dieux, et montrent le prince savant, – par expérience ! – en ce qui les regarde.

Enfin au chant X, laisse XC : la fin du grand discours prophétique du prince a été très tardivement rédigée, sur M.S.C., prêt pour l’impression. Rajoutés, les sept derniers vers ; l’invitation à la fête qui associe étroitement les deux divinités : « En face du Soleil et du grand Rhône – faisons la Rouanade et la Soulenque ! »

On pourrait relever aussi deux corrections (chant VII, LV ; chant VIII, LXV1), où le dialogue de l’Anglore et de Jean Roche prend un caractère plus âpre dans M.S.B. La jeune fille se montre moqueuse, agressive ; le timonier, piqué au vif, se fait prophète de malheur.

De ces détails on pourrait conclure que la dimension mythique des deux héros va s’affirmant, ainsi que le caractère tragique de l’histoire.

Interrogations

C’est avant tout aux relations du dieu fluvial avec l’Anglore et le prince que Pierre Rollet s’est intéressé ; et c’est là qu’il a vu la clé de la symbolique cachée. Cette clé gît pour lui dans la parole de la sorcière : la batellerie du Rhône mourra quand elle aura perdu son protecteur, « le jour où pour toujours de la rivière – sera sorti le Drac qui en est le génie35 ». Or le prince-Drac exprime justement l’intention de ne pas retourner au Rhône, « maintenant que je tiens celle que j’ai voulue36 ». – Cependant le Drac retourne au Rhône lors du naufrage et la batellerie n’en périt pas moins. Je donnerais un autre sens aux paroles de la sorcière : le fleuve, avec ceux qui lui donnent vie, périra le jour où périra la foi dans les vieilles croyances.

Pierre Rollet a bien vu l’ambiguïté du poème, – il emploie le terme, – et la double nature des deux jeunes héros, situés « à la limite de la réalité et du rêve ». Il a bien vu que le prince était aussi le Drac ; il a bien formulé l’énigme du dénouement : « On ne sait si quelque mariage mystique unit au fond du grand fleuve des êtres dont l’humanité n’aurait été que transitoire ».

Mais il a méconnu l’importance du dieu Mithra ; de l’alliance indissoluble des deux divinités, célébrées par une fête jumelée ; de la conversion du prince, devenu un myste de Mithra ; du projet de noces païennes (il emploie cependant le terme). Et on regrette qu’il ne se soit pas interrogé sur une interprétation chrétienne possible de l’histoire : probable de la part de Mistral, et surtout, de l’auteur de Nerte.

On pourrait dire : pourquoi vouloir violer le secret du poète ? L’ombre qui plane sur le processus créateur, il l’a voulue ; il a écrit lui-même à ce propos : « J’adore l’ombre37 ». Mais sur cette réserve l’emporte une curiosité, quasi sacrée, à la fois du poétique et de l’humain.

Tout est parti du projet initial, qui était complexe. Départ modeste : arracher à l’oubli une belle réalisation humaine disparue. Un documentaire. Mistral présente ainsi son œuvre : « Outre sa valeur poétique, car elle en à une, toute due aux braves gens que j’ai mis en scène (le croyait-il ?), c’est un document ethnographique unique pour la vie rhodanienne de jadis38 ».

Oui, mais ces « braves gens » sont aussi une « grande race épique » qui exige une dimension épique. Et le poème veut être aussi la glorification d’un grand fleuve historique et légendaire, rival du Rhin – De là naissent des exigences : la présence d’une mémoire du lointain passé, qui sera le prince ; la présence du mythe, l’action plus ou moins secrète de figures surnaturelles qui vont jouer leur propre jeu.

Les histoires qui courent autour du Drac suggèrent l’idylle du génie du Rhône et d’une mortelle. Le prince, rejeton d’une race très ancienne, était appelé à chercher au pays de ses aïeux la « rénovation des vieilles sèves », à s’éprendre d’une fraîche jeunesse, à restaurer un paganisme solaire. Et comme arrière-fond à tout cela, une menace obscure, et la défaite inévitable, celle-ci ne pouvait que figurer dans le projet initial. Mais la métamorphose du bateau à vapeur en dragon igné, vomi par l’enfer, n’a-t-elle pas été appelée par la présence des autres dieux ?

Une logique puissante a fonctionné dans toute l’histoire ; et ce­pendant elle pouvait avoir une autre coloration, un autre ton ; le prince et l’Anglore ne pouvaient être que les enfants de Mistral. Leur mort n’a refermé la courbe du poème qu’au dernier achèvement : de cela, exceptionnellement, nous avons la preuve. Mistral, qui les aimait, ne les a sacrifiés que malgré lui. Et il a hésité entre deux visages de la mort : un départ en plein merveilleux, conforme à la philosophie du rêve (ceci fait penser au romantisme allemand et conviendrait à un conte de Tieck) ; ou, – selon une optique chrétienne, – le châtiment d’une impiété ? Non sans la possibilité d’un rachat, accordé à l’innocence profonde de l’un des deux jeunes gens pécheurs ? Saint Nicolas est spécialiste des sauvetages…

Cette hésitation, ce choix, c’est la part du poète, son secret, qui reste unique.

Je ne puis conclure cette réflexion hésitante, ambiguë comme le poème lui-même, que sur une double reconnaissance : d’une part, celle du dynamisme propre des mythes ; on ne réveille pas impunément les esprits de l’eau, du soleil, de l’or et du feu, et on n’en fait pas ce que l’on veut… D’autre part, celle de l’originalité intacte du poète : il peut s’abandonner, comme ses mariniers, au fil du courant, mais comme eux, sans lâcher le gouvernail.

Notes

1 Chant VII, LVI.
2 Chant III, XXVII.
3 Chant VII, L XI.
4 Péladan envoyait ses romans à Mistral, qui les lisait avec plus d’amusement que de conviction et remerciait par des lettres gentiment malicieuses.
5 Chant X, LXXXIV.
6 Chant VIII, LXVIII.
7 L’Anglore est, pour le prince, tantôt la Fleur épanouie au sein des eaux, tantôt le lézard, enfant du Soleil (« O toi qui fais naître les anglores », dit-elle dans sa prière à Mithra). Dans cette prolifération de symboles, qu’on ne voie pas de l’incohérence, mais une constante de l’imagination mythique. Le dieu solaire et le dieu fluvial ne sont-ils pas, ici, étroitement unis ? Leur parenté se manifeste dans celle du Drac, reptile aquatique, et du lézard, reptile de la rive ensoleillée.
8 Chant X, LXXXIX.
9 Chant X, XC.
10 Chant III, XXX.
11 « Dieu rhodanien que le Drac étreint dans ses volutes » : c’est en ces termes que le prince apostrophe Mithra (Chant XII, CIV).
12 Chant XI, XCIX.
13 Chant X, LXXXV.
14 Chant XII, CV.
15 Le rite de la traversée à la nage, dans les mystères de Mithra, peut avoir eu, avec une valeur purificatrice, celle d’un passage symbolique, et d’une épreuve d endurance ; car les ordalies du myste, selon certains mythologues, étaient redoutables.
16 Chant V. XLIII.
17 Chant XI, XCVIII.
18 Dernier vers du chant X.
19 Maurice Barrès a pressenti, chez Mistral, cette croyance, en homme capable de la comprendre : « Le secret de Mistral […] ne serait-ce pas que la Provence eut ses dieux et qu'ils étincellent toujours dans la nuit pour les meilleurs de ses fils ? ». Cf. : Le printemps à Mirabeau in Le Mystère en pleine lumière, Pion 1926, pp. 161 à 170.
20 Chant I, X.
21 Chant XII, CXI.
22 En effet la jeune fille y porte le nom d’Anglore, qui n’a été adopté par le poète qu’à cette date.
23 Chant VU, LII.
24 Une lettre à Félix Hémon, professeur au Collège de France (14 janvier 1886) formule ainsi les idées de Mistral sur le progrès :
« Comme je ne crois pas qu'un siècle ait toujours raison et qu'un autre ait toujours tort, comme, je vois dans le développement de l’humanité une progression harmonieuse, voici l’explication que je me suis faite et que j’ai indiquée dans Nerto… le progrès est une émanation de Dieu, une suite de sa création éternelle.
Mais si Dieu est l’architecte, le diable est le manœuvre, et le châtiment du diable et de l’orgueil diabolique consiste à voir l’ouvrage auquel il s’escrime s’élever en définitive à la gloire de Dieu ». (Lettre inédite – Plais du Roure – Avignon).
25 Chant I, X.
26 Chant III, XXX.
27 Chant VIII, LXXI.
28 Chant IV, XLI.
29 Chant IV, XXXV.
30 La rencontre de celle qu’il attendait soulève le prince « en plein pays magique ». Et de même le lecteur. Ceci me semble justifier la pré­sence des Vénitiennes dans le récit. Ces cantatrices errantes ne sont pas là seulement pour faire ressortir le caractère cosmopolite et bigarré des passagers, – ceci sur le plan réaliste. C’est du plan magique qu’elles relèvent. Elles sont, elles aussi, un peu sorcières. La « dogaresse » possède le secret d’un trésor enfoui ; la seconde connaît l’art de détecter celui-ci avec la baguette de coudrier ; la troisième lit dans les lignes de la main et prédit un proche danger de mort. Ce sont elles, enfin, dont la vengeance frappe le prince, qui se relève de façon miraculeuse.
31 Chant IV, XXXV.
32 Lettre à Fr. Favier du 22 février 1903 ; citée par P. Rollet.
33 Poème du Rhône, édition P. Rollet, Notes et variantes : Genèse du poème.
34 Ces remarques s’appuient sur le relevé des variantes, travail de Pierre Rollet, sans lequel notre essai n’eût pas été possible.
35 Chant VII, LXII.
36 Chant XI, LXXXV.
37 Lettre à Mariéton, 11 octobre 1893.
38 Lettre à Mariéton, 20 juin 1896.

Pour citer cet article :

TUZET Hélène (2014). "RETOUR A MISTRAL
ou : THRENE POUR UN FLEUVE DÉFUNT - Deuxième partie".  Revue La Licorne , Numéro 5 .

En ligne : http://licorne.edel.univ-poitiers.fr/document6017.php

(consulté le 22/09/2017).

Les auteurs

 
Revue La Licorne - ISSN 0398-9992
Faculté des Lettres et des Langues - Maison des Sciences de l'Homme et de La Société
Bâtiment A5 – 5, rue Théodore Lefebvre, TSA 21103 - 86073 POITIERS - Cedex 9 – France
Tél : 05 49 45 32 10
http://edel.univ-poitiers.fr/licorne - lalicorne@mshs.univ-poitiers.fr
Page générée par Lodel

Administration du site (accès réservé)  - Crédits & Mentions légales  - Statistiques de fréquentation