LA FIN D’UNE AVENTURE DE MOLL FLANDERS ; OU LES AMBIGUÏTÉS D’UN BILAN

Commentaire d’un passage de Moll Flanders, de Daniel Defoe

Publié en ligne le 5 juin 2014

Par Albert PAILLER

Le quatrième grand roman de Daniel Defoe, publié en 1722, après Robinson Crusoé (1719), les Mémoires d’un Cavalier, et la Vie du Capitaine Singleton (1720), est le récit1, sous forme autobiographique, des « Heurs et malheurs de la célèbre Moll Flanders, qui naquit à Newgate » [la vieille prison de Londres, démolie seulement en 1902], « et, pendant une vie continuellement variée qui dura soixante ans, en plus de son enfance, fut douze fois une catin, cinq fois une épouse (dont une fois celle de son propre frère), douze ans une voleuse, huit ans déportée pour ses crimes en Virginie, et enfin devint riche, vécut honnête et mourut pénitente. D’après ses propres mémorandums ». Ce sous-titre particulièrement racoleur indique nettement le genre auquel l’œuvre se rattache, celui des biographies criminelles, si nombreuses aux XVIIe et XVIIIe siècles2, et semble nous inviter à deviner à quel public elle s’adressait ; la réaction du peintre William Hogarth est symptomatique à cet égard : dans le premier tableau de sa série « Le zèle et la paresse », il montre un feuillet de Moll Flanders épinglé au métier à tisser de son apprenti paresseux, celui qui devait finir son existence à la potence de Tyburn. Pourtant, dans sa Préface, Defoe se défend avec énergie, sinon avec habileté, d’avoir recherché ce genre de lecteurs. S’il n’écarte pas l’idée que son œuvre puisse être lue par des « lecteurs vicieux », il insiste longuement et lourdement sur le but didactique qu’il s’est fixé, sur la pureté de ses intentions moralisatrices, et sur les efforts qu’il s’est imposés pour « donner toute sa beauté à la partie pénitente, qui est assurément la meilleure et la plus éclatante, si elle est racontée avec autant d’entrain et de flamme » – (p. 29 F, 2 E). Il n’y a dans une telle déclaration rien d’original, et quel que soit le sens qu’on lui donne, que les protestations de la Préface soient ou non une mauvaise excuse, un rideau de fumée destiné à protéger la réputation de l’auteur, Defoe ne fut ni le premier ni le dernier à avoir recours à de tels procédés3.

Plus originale est la persistance, d’un bout à l’autre du récit, de l’ambiguïté causée par la présence de ces deux pôles d’attraction, le récit d’une vie de vice et de crime, et la morale que Defoe prétend en tirer. Entre narration et leçon morale, entre l’événement et son sens explicité par l’auteur, il y a un fossé, dont la présence, s’ajoutant à celle des problèmes posés par la technique narrative, explique dans une large mesure l’éventail des attitudes de la critique, depuis qu’elle a commencé à s’intéresser à cet ouvrage : approbation chaleureuse des intentions moralisatrices, doutes au sujet de leurs effets pratiques, condamnation du choix de l’héroïne principale et du milieu dans lequel elle évolue, éloge du réalisme de Defoe et de l’habileté qu’il déploie pour nous rendre Moll crédible et sympathique, intérêt porté à la technique romanesque, controverse enfin concernant le problème de l’ironie, c’est-à-dire de l’attitude de l’auteur à l’égard de son héroïne et des valeurs qu’elle est censée représenter4. Ambiguïtés et même contradictions peuvent être relevées dans de nombreux passages de Moll Flanders ; mais particulièrement ins­tructifs à cet égard – et à d’autres – sont les bilans, cette forme narrative chère à Defoe, que Moll dresse à la fin de chacune de ses aventures.

Le plus étoffé et le plus attachant de tous est sans doute celui qui clôt le récit de son aventure avec le gentilhomme rencontré à Bath, après la rupture de son troisième mariage – avec son propre frère – et son retour d’Amérique. Après de longues tergiversations et faux-semblants, et une période de cohabitation platonique, qu’elle avait été la première à ne plus pouvoir supporter, Moll avait fini par devenir la maîtresse de ce pauvre homme affligé d’une épouse démente5. Malheureusement pour elle, après six années passées dans cette condition « ensemble heureuse et infortunée », son amant tomba malade alors qu’il était dans sa famille, et effrayé par la perspective de la mort et de l’enfer, il prit en horreur sa liaison criminelle ; « rendu à la vie par une grâce inespérée du ciel », il fit plus tard parvenir à Moll une lettre de rupture, un billet de cinquante livres, et la promesse de s’occuper de leur enfant, le seul survivant des trois qu’elle lui avait donnés. Les pages que l’on va lire suivent cette lettre, et présentent un intérêt considérable : il s’agit d’un bilan à la fois financier et spirituel, qui confirme certains soupçons que le lecteur pouvait avoir au sujet du caractère de l’héroïne ; il nous éclaire sur sa personnalité et nous invite à réfléchir à la technique narrative employée par Defoe.

1 – Je fus frappée par cette lettre comme de mille blessures ; les reproches de ma conscience étaient tels que je ne saurais les exprimer, car je n’étais pas aveugle à mon propre crime ; et je réfléchissais que j’eusse pu avec moins d’offense continuer avec mon frère, puisqu’il n’y avait pas de crime au moins dans le fait de notre mariage, aucun de nous ne sachant rien.

2 – Mais je ne songeai pas une seule fois que pendant tout ce temps j’étais une femme mariée, la femme de M…, le marchand de toiles, qui, bien qu’il m’eût quittée par nécessité de sa condition, n’avait point le vouloir de me délier du contrat de mariage qu’il y avait entre nous, ni de me donner la liberté légale de me remarier, si bien que je n’avais rien été moins pendant tout ce temps qu’une prostituée et une femme adultère. Je me reprochai alors les libertés que j’avais prises, et d’avoir servi de piège pour ce gentilhomme, et d’avoir été la principale coupable ; et maintenant, par grand merci, il avait été arraché à l’abîme par œuvre con­vaincante sur son esprit ; mais moi, je restais là comme si j’eusse été abandonnée par le ciel pour continuer ma route dans le mal.

3 – Dans ces réflexions, je continuai très pensive et triste pendant presque un mois, et je ne retournai pas à Bath, n’ayant aucune incli­nation à me retrouver avec la femme auprès de qui j’avais été avant, de peur que, ainsi que je croyais, elle me poussât à quelque mauvais genre de vie, comme elle l’avait fait ; et d’ailleurs, j’avais honte qu’elle apprît que j’avais été rejetée et délaissée.

4 – Et maintenant j’étais grandement troublée au sujet de mon petit garçon ; c’était pour moi la mort de me séparer de cet enfant ; et pourtant quand je considérais le danger qu’il y avait d’être abandonnée un jour ou l’autre avec lui, sans avoir les moyens de l’entretenir, je me décidais à le quitter ; mais finalement je résolus de demeurer moi-même près de lui ; afin d’avoir la satisfaction de le voir, sans le souci de l’élever.

5 – J’écrivis donc à mon monsieur une courte lettre où je lui disais que j’avais obéi à ses ordres en toutes choses sauf sur le point de mon retour à Bath ; que bien que notre séparation fût pour moi un coup dont je ne pourrais jamais me remettre, pourtant j’étais entièrement persuadée que ses réflexions étaient justes et que je serais bien loin de désirer m’opposer à sa réforme.

6 – Puis je lui représentai ma propre condition dans les termes les plus émouvants. Je lui dis que j’entretenais l’espoir que ces infortunées détresses qui d’abord l’avaient ému d’une généreuse amitié pour moi, pourraient un peu l’apitoyer maintenant, bien que la partie criminelle de notre liaison où je pensais qu’aucun de nous n’entendait tomber alors fût rompue désormais ; que je désirais me repentir aussi sincèrement qu’il l’avait fait, mais je le suppliais de me placer en quelque condition où je ne fusse pas exposée aux tentations par l’affreuse perspective de la pauvreté et de la détresse ; et s’il avait la moindre appréhension sur les ennuis que je pourrais lui causer, je le priais de me mettre en état de retourner auprès de ma mère en Virginie, d’où il savait que j’étais venue, ce qui mettrait fin à toutes les craintes qui pourraient lui venir là-dessus ; je terminais en lui assurant que s’il voulait m’envoyer 50 livres de plus pour faciliter mon départ, je lui renverrais une quittance générale et lui promettrais de ne plus le troubler par aucune importunité, à moins que ce fût pour demander de bonnes nouvelles de mon enfant que j’enverrais chercher, si je trouvais ma mère vivante et que ma condition était aisée, et dont je pourrais alors le décharger.

7 – Or, tout ceci était une duperie, en ce que je n’avais nulle intention d’aller en Virginie, ainsi que le récit des affaires que j’y avais eues peut convaincre quiconque ; mais l’objet était de tirer de lui ces dernières 50 livres, sachant fort bien que ce serait le dernier sou que j’aurais à attendre de lui.

8 – Néanmoins, l’argument que j’avais envoyé en lui promettant une quittance générale et de ne plus jamais l’inquiéter, prévalut effectivement, et il m’envoya un billet pour cette somme par une personne qui m’apportait une quittance générale à signer, ce que je fis franchement ; et ainsi, bien amè­rement contre ma volonté, l’affaire se trouva entièrement terminée.

9 – Et ici je ne puis autrement que méditer sur la malheureuse conséquence qu'entraînent de trop grandes libertés entre des personnes placées dans notre situation, sous le prétexte d’intentions innocentes, d’amour ou d’amitié, etc. ; car la chair a généralement une telle part dans ces amitiés qu’il est bien rare que l’inclination ne l’emporte point en fin de compte sur les résolutions les plus solennelles, et que le péché n’intervienne pas dans les infractions à la décence, qu’en réalité une amitié innocente devrait maintenir avec la plus grande rigueur. Mais je laisse le lecteur se livrer à ses propres réflexions vertueuses, auxquelles il pourra donner plus d’efficace que moi, qui m’oubliai si vite et qui ne suis donc qu'un bien piètre conseiller.

10 – J’étais maintenant une personne isolée, de nouveau, comme je puis bien m’appeler ; j’étais déliée de toutes les obligations soit de femme mariée, soit de maîtresse, qui fussent au monde ; excepté mon mari le marchand de toile dont je n'avais pas entendu parler maintenant depuis près de quinze ans, personne ne pouvait me blâmer pour me croire entièrement libérée de tous ; considérant surtout qu’il m’avait dit à son départ que si je n’avais point de nouvelles fréquentes de lui, j’en devrais conclure qu’il était mort, et que je pourrais librement me remarier avec celui qu’il me plairait.

11 – Je commençai maintenant à dresser mes comptes ; j’avais par maintes lettres et grande importunité, et aussi par l’intercession de ma mère, obtenu de mon frère un nouvel envoi de quelques marchandises de Virginie, afin de compenser l’avarie de la cargaison que j’avais emportée et ceci aussi avait été à la condition que je lui scellerais une quittance générale, ce que j’avais dû promettre, si dur que cela me parût. Je sus si bien disposer mes affaires, que je fis enlever les marchandises avant d’avoir signé la quittance ; et ensuite je découvris sans cesse un prétexte ou l’autre pour m’échapper et remettre la signature ; jusque enfin je prétendis qu'il me fallait écrire à mon frère avant de ne rien faire.

12 – En comptant cette rentrée et avant d’avoir obtenu les dernières 50 livres, je trouvai que ma fortune se montait tout compris à environ 400 livres ; de sorte qu’avec cette somme je possédais plus de 450 livres. J’aurais pu économiser 100 livres de plus, si je n’avais rencontré un malheur qui fut celui-ci : l’orfèvre à qui je les avais confiés fit banqueroute, de sorte que je perdis 70 livres de mon argent, l’accommodement de cet homme n’ayant pas donné plus de 30 %. J’avais un peu d’argenterie mais pas beaucoup, et j’étais assez bien garnie d’habits et de linge.

13 – Avec ce fonds j’avais à recommencer la vie dans ce monde ; mais il faut bien penser que je n’étais plus la même femme que lorsque je vivais à Rotherhite ; car en premier lieu j’étais plus vieille de près de vingt ans et je n’étais nullement avantagée par ce surcroît d’années, ni par mes pérégrinations en Virginie, aller et retour, et quoique n'omettant rien qui pût me rehausser sinon de me peindre, à quoi je ne m’abaissai jamais, cependant on verra toujours quelque différence entre une femme de vingt-cinq ans et une femme qui en a quarante-deux.

La première réaction de Moll à la lecture de la lettre de rupture parait annoncer une sorte de conversion spirituelle et morale. La maladie de son amant, suivie de repentir et de pénitence, semble être interprétée par elle comme un avertissement de la Providence, soucieuse de ramener au bercail la brebis égarée. Les termes empruntés au vocabulaire religieux abondent sous la plume de la narratrice : « frappée […] comme de mille blessures […] reproches de ma conscience […] aveugle à mon propre crime », etc., etc. Les premiers paragraphes du passage considéré donnent l’impression de traduire une prise de conscience extrêmement vive, une crise spirituelle profonde. Certes, au cours de ces six années de quasi-concubinage, Moll n’avait pas été sans éprouver (dit-elle) de « secrets reproches de (sa) conscience pour la vie qu'(elle menait) » – (p. 195 F-102 E). Mais maintenant, elle est accablée en songeant à sa responsabilité dans ce qu’elle considère comme un crime ; elle a servi, dit-elle, de « piège pour ce gentilhomme ; elle se sent la principale coupable, et son remords est inexprimable. Le sort de son ancien amant la préoccupe apparemment plus que le sien propre, et elle rend grâce à la Providence de l’avoir « arraché à l’abîme ». Bien entendu, elle ne saurait retourner à Bath tant elle souhaite éviter les tentations, et aussi – est-ce de sa part louable franchise ? – parce qu’elle aurait honte de révéler ainsi qu’elle a été rejetée et abandonnée. Mais il lui faut régler une question qui la trouble profondément : que va-t-elle faire de son petit garçon de cinq ans ? Se séparer de lui serait pour elle la mort. Mais lorsqu’elle pense qu’un jour peut-être elle ne pourra plus subvenir à ses besoins, elle se résout cependant à le quitter (mais nous ignorons ce que signifierait concrètement cette décision) ; puis finalement elle se ravise, et décide de demeurer près de lui, pour avoir la satisfaction de le voir sans le souci de l’élever ». Hésitations, décisions contradictoires, qui sont sans doute destinées par l’auteur à nous convaincre de la sincérité et de la profondeur des sentiments maternels de son héroïne. Enfin, Moll répond à la lettre de son amant repenti, pour lui faire part du chagrin que lui cause cette séparation (« un coup dont je ne pourrais jamais me remettre »), de sa conviction que la voie qu’il a choisie est pourtant la bonne, de son désir à elle de se repentir aussi sincèrement que lui, et de sa décision de rejoindre si possible sa mère en Virginie, afin de prouver qu’il ne doit avoir aucune appréhension concernant une relance possible de la part de son ancienne maîtresse.

Si nous pouvions ne considérer que les éléments du passage qui viennent d’être relevés – éléments épars dans le texte, on l’aura remarqué – la conclusion serait simple et claire, encore que le dernier d’entre eux, la décision prise par Moll de retourner en Virginie, puisse éveiller quelques soupçons dans l’esprit du lecteur. L’impression générale qu’ils nous laissent, lorsqu’ils sont ainsi artificiellement rassemblés, est que Moll se trouve sur la voie du salut, qui la conduira à une conversion complète, à une « rebirth », à une vie nouvelle en accord avec les principes de la religion chrétienne et les leçons de sa vieille nourrice de Colchester.

Mais le texte de Defoe n’est point si clair – et sans doute en allait-il de même des intentions de l’auteur. En effet, une deuxième série de remarques, étroitement enchevêtrées avec celles qui viennent d’être relevées, nous amène peu à peu à douter de la justesse de cette première impression, et à comprendre que notre conclusion provisoire était follement simpliste et optimiste. Mais avant d’analyser ces nouveaux éléments, il nous paraît utile d’examiner les problèmes concrets que pose la technique narrative employée par Defoe. Un tel examen permettra peut-être d’éviter des attributions erronées qui conduiraient à de fausses interprétations. Dans un tel roman, comme aussi dans le dernier qu’écrivit Defoe, Roxana, essayer de préciser « qui dit quoi » n’est pas une précaution superflue.

Dès la Préface, et la première page de Moll Flanders, le lecteur sait que l’ouvrage est une autobiographie présentée sous forme de mémoires : la narratrice, humble et repentante, écrit sa propre histoire, l’histoire d’une vie de débauche et de crime, qui se termine cependant dans le repentir et la pénitence, mais aussi – (penserons-nous qu’il s’agissait d’un corollaire obligé pour le bon Protestant qu’était Defoe ?) – dans l’aisance et le bien-être ma­tériel.

Tout au début de notre texte, qui concerne essentiellement Moll – protagoniste de l’histoire, l’emploi du présent dans un contexte passé – « I was struck/ I cannot express »… (« je fus frappée/ je ne saurais les exprimer »…) – rappelle au lecteur l’existence et la présence de Moll-narratrice.

Il y a au total dans ce passage cinq interventions directes du même genre. Dans la dernière – « But you are to consider… » (« Mais il faut bien penser… ») – la narratrice interpelle le lecteur comme elle le fait souvent, dans le dessein évident de créer et de maintenir entre elle et lui une certaine familiarité, qu’elle s’efforcera à l’occasion de faire évoluer vers une certaine complicité. La quatrième – « j’étais maintenant une personne isolée, de nouveau, comme je puis bien m’appeler » – appartient également à un genre familier au lecteur : elle paraît traduire l’incertitude de Moll, les hésitations qu’elle éprouve dans telle ou telle situation à appeler un chat un chat6. La seconde – « ainsi que le récit des affaires que j’y avais eues peut convaincre quiconque » – sera examinée plus tard, en liaison avec d’autres remarques. La troisième est la plus importante. Elle se développe dans un paragraphe entier – à partir de : « Et ici je ne puis autrement que méditer… » – où la narratrice repentie et pénitente tire la leçon de morale de l’aventure qu’a vécue la pécheresse. On peut bien sûr s’interroger sur l’efficacité de tels sermons, dont Defoe est coutumier, et les critiques ne s’en sont pas privés, mais la discussion de ce problème entraînerait des développements qui n’ont pas leur place ici. Trois points précis de ce discours peuvent cependant retenir notre attention.

Le lecteur de la phrase anglaise : « it is great odds […] that vice breaks in at the breaches of decency » se demandera sans doute si le calembour possible sur breaches (violations, infractions)/ breeches (culottes), est volontaire ou non. Puis, en arrivant p. 206, à la fin de notre passage, la tentation est grande de mettre en parallèle l’interpellation directe du dernier paragraphe : « I leave you to consider », et l’interpellation indirecte du sermon : « I leave the readers of these things to their own just reflections », pour conclure que ce paragraphe moralisateur témoigne d’une intervention de l’auteur, qui « souffle » ses commentaires à Moll-narratrice. Enfin, on peut se demander pourquoi le fait pour Moll-protagoniste de « s’oublier si vite », peut amener Moll-narratrice à se considérer comme un « piètre conseiller ». Cette réflexion n’est-elle pas en contradiction avec le passage de la Préface où l’auteur affirme que

offrir l’histoire de la vie coupable d’une repentie exige nécessairement que l’on présente la partie mauvaise sous un jour aussi pervers que le veut l’exactitude, afin de donner toute sa beauté à la partie pénitente ?

Pourquoi la narratrice éprouve-t-elle maintenant le besoin de déprécier la valeur de son témoignage et de son exemple ? Il est difficile de répondre à cette question, à moins de considérer que c’est Defoe lui-même qui nous rap­pelle ainsi ce qu’il avait dit à la fin de la Préface, à savoir que Moll, arrivée à un âge avancé, n’était pas « dans une condition aussi extraordinaire qu’au début » (de sa vie pénitente). Affirmation qui pose, on s’en doute, un problème lancinant à qui veut essayer de démêler l’écheveau des intentions de l’auteur de Moll Flanders7.

Pour nous en tenir à notre passage, il faut signaler encore une autre ambiguïté concernant les rôles respectifs de la narratrice et de la protagoniste, à propos des deuxième et dixième paragraphes. Lorsque la narratrice écrit : « Mais je ne songeai pas une seule fois que pendant tout ce temps, j’étais une femme mariée, […] si bien que je n'avais été rien moins pendant tout ce temps qu'une prostituée et une femme adultère », son accusation et son jugement sont parfaitement clairs : Moll-protagoniste avait oublié son mariage avec le marchand de toiles, et mené en conséquence la vie d’une femme adultère. Mais le dixième paragraphe prouve au contraire qu’elle se souvenait fort bien de son deuxième mari puisque, faisant le bilan de sa situation, elle éprouve le besoin de justifier sa conduite par les conseils qu’il lui avait donnés, – de le considérer comme mort s’il ne lui donnait point de fréquentes nouvelles, et de se remarier librement avec celui qu’il lui plairait. La contradiction est flagrante. Faut-il y voir une faute d’inattention, une conséquence de la hâte avec laquelle Defoe écrivait ses romans ? Peut-être. Mais l’examen de la deuxième série d’éléments à laquelle il a été fait allusion tout à l’heure va nous révéler bien d’autres ambiguïtés et bien d’autres contradictions.

Une première incohérence apparaît dans le début du passage, en dépit de la rédaction ambiguë, lorsque Moll-protagoniste réfléchit qu’elle aurait « pu avec moins d’offense continuer avec (son) frère, puisqu’il n’y avait pas de crime, au moins dans le fait de (leur) mariage, aucun (d’eux) ne sachant rien ». Bien sûr, elle entend plaider l’ignorance dans laquelle ils se trouvaient au moment de leur mariage, mais l’argument est tout de même curieux et relève d’une étrange casuistique ; il a d’autant moins de valeur morale que Moll a commis alors non seulement le crime d’inceste (involontaire), mais aussi celui de bigamie, et il s’accorde mal avec l’aversion insurmontable qu’elle a dit éprouver à l’égard de son troisième mari en apprenant qu’il était aussi son frère (ou son demi-frère).

Peut-être cette remarque de Moll témoigne-t-elle de son irrépressible tendance à rejeter sur les autres la responsabilité de ses malheurs. Ici, c’est l’ignorance qui est mise en cause – le destin, si l’on veut – et dans une certaine mesure d’ailleurs à juste titre. Mais le passage renferme d’autres exemples plus caractéristiques. Après avoir noté avec satisfaction (paragraphe 2) que son ancien amant « avait été arraché à l’abîme par œuvre convain­cante sur son esprit », elle se voit quant à elle « abandonnée par le ciel » pour, dit-elle, « continuer (sa) route dans le mal ». Une telle passivité est surprenante, car elle ne correspond pas à la vitalité dont elle a fait preuve jusqu’à maintenant, ni aux remords qu’elle vient d’exprimer, ni à la responsabilité du chrétien en ce qui concerne le salut de son âme. De même, dans le paragraphe suivant, l’argument avancé pour justifier sa décision de ne pas retourner à Bath – la répugnance qu’elle éprouve à revoir son ancienne propriétaire, de peur que cette dernière ne la « pousse à quelque mauvais genre de vie » – montre bien son désir de faire porter à d’autres la responsabilité des fautes commises, et contredit, au moins partiellement, le sentiment de culpabilité qu’elle vient d’exprimer. Enfin, lorsqu’elle affirme (par. 10) que « personne ne pouvait la blâmer pour (se) croire entièrement libérée de tous », il est clair qu’elle entend utiliser les recommandations que lui fit, avant de la quitter, son deuxième mari, le marchand de toiles, comme une justification de sa conduite. Le lecteur doit-il comprendre qu’elle les place au-dessus des lois divines et humaines ? Moll, on le voit, est une casuiste redoutable, et ses talents dans ce domaine ne peuvent pas ne pas nous amener à douter de la sincérité de ses confessions précédentes.

Nos soupçons et nos doutes se précisent surtout à la lecture de la lettre qu’elle envoie à son ancien amant (par. 5 et 6), et qui constitue la partie essentielle, et aussi le tournant de ce bilan. Elle est, semble-t-il, présentée comme une conséquence – « j’écrivis donc… » (c’est nous qui soulignons) – de sa décision concernant son enfant ; la déduction en fait est trompeuse, car le petit garçon est tout juste mentionné, et seulement à la fin de la lettre. Le début témoigne très nettement du désir de l’héroïne d’émouvoir son ancien amant – peut-être aussi, mais la preuve est impossible à apporter, du souci qu’a la narratrice de gagner la sympathie du lecteur en lui faisant partager sa détresse d’alors. Faut-il en conclure que Moll-protagoniste ne désespère pas de renouer la liaison rompue ? Probablement pas. Observons cependant son habileté lorsqu’elle souligne sa soumission aux volontés de son ancien amant ; son accord quant à la justesse de ses réflexions et de sa décision ; sa détresse et son besoin de sympathie (mais le rappel du début de leur aventure – « ces infortunées détresses qui d’abord l’avaient ému d’une généreuse amitié pour moi » – commence à orienter nos suppositions) ; son désir de se repentir « aussi sincèrement qu’il l’avait fait », [bien que le hasard seul soit, dit-elle, responsable de « la partie criminelle de (leur) liaison » – ce qui est en contradiction flagrante avec les reproches qu’elle s’est adressés (par. 2), et avec la confession qu’elle a faite précédemment (p. 195 F-102 E) –] ; enfin sa crainte des tentations par « l’affreuse perspective de la pauvreté et de la détresse ».

Ce rappel des malheurs qui la menacent est une transition elle aussi habile. L’objet véritable de la lettre va nous être maintenant révélé, et il est extrêmement terre-à-terre. Après une conditionnelle prudente – « s’il avait la moindre appréhension sur les ennuis que je pourrais lui causer », – puis une circonlocution destinée à orienter les pensées de son correspondant – « je le priais de me mettre en état… » – et enfin une suggestion qui ne peut manquer de lui plaire – « de retourner auprès de ma mère en Virginie », – la conclusion arrive enfin, que le lecteur avait peut-être entrevue : Moll a besoin de cinquante livres supplémentaires pour faciliter son départ, – et elle accompagne sa demande de considérations matérielles destinées à apaiser les craintes possibles de son ancien amant : elle lui promet de ne plus l’importuner, de lui envoyer une quittance générale, et de le débarrasser peut-être de la charge que représente leur enfant. Le ton n’est pas le même que précédemment, le changement de vocabulaire est saisissant, le langage n’est plus celui de la femme abandonnée, mais celui de la femme d’affaires. Et c’est ce dernier terme qu’elle emploie elle-même dans une conclusion significative : « l’affaire se trouva entièrement terminée » – comprenons : lorsque Moll eut reçu les cinquante livres, et signé « franchement » une quittance générale.

Mais immédiatement auparavant, Moll-narratrice a froidement démenti la sincérité de l’offre présentée par Moll-protagoniste de retourner en Virginie. Elle ne mâche nullement ses mots : « Or, tout ceci était une duperie, en ce que je n’avais nullement l’intention d’aller en Virginie […] mais l’objet était de tirer de lui ces dernières cinquante livres, sachant fort bien que ce serait le dernier sou que j’aurais à attendre de lui ». Le lecteur s’en doutait probablement, et la narratrice en était consciente, comme le démontre la remarque : « ainsi que le récit des affaires que j’y avais eues peut convaincre quiconque ». Une telle contradiction ne peut être attribuée à une négligence de la part de l’auteur ; elle correspond certainement à sa façon de conduire le récit, et de peindre son personnage. Il se peut qu’elle témoigne du désir de Defoe de nous faire admirer l’habileté de son héroïne, même si cette habileté n’est moralement guère défendable ; ou plus probablement du désir de Moll-narratrice de se concilier la faveur du lecteur en lui donnant (ou en paraissant lui donner) une preuve de sa franchise. Une remarque à la fin du troisième paragraphe – « et d’ailleurs, j’avais honte qu’elle apprît que j’avais été rejetée et délaissée » – peut s’expliquer de la même façon bien qu’elle ne soit pas présentée comme une intervention directe de la narratrice. Dans les deux cas, il semble que cette dernière – et sans doute Defoe à travers elle – veuille créer à son profit confiance et sympathie, par une franchise que le lecteur acceptera peut-être de considérer comme totale.

Le bilan spirituel terminé, Moll commence alors à faire ses comptes et à dresser un inventaire de ce qu’elle possède. Assez curieusement, le pre­mier paragraphe de ce bilan financier (par. 11) est consacré au récit du bon tour qu’elle a joué à son mari-frère, auquel elle a réussi à extorquer, avec beaucoup de difficulté il est vrai, quelques marchandises de Virginie, en promettant une « quittance générale » (à lui aussi), qu’elle a réussi à ne pas signer après avoir fait enlever les marchandises – et la chose aura son importance, longtemps plus tard, vers la fin de ses aventures. L’auteur a mis ici en relief le plaisir intense que prend Moll-narratrice à souligner – par les adverbes « si bien » – son habileté à « si bien disposer (ses) affaires ». Le lecteur notera en particulier le délicieux contraste entre la confession candide : « si dur que cela me parût » (de sceller une quittance générale), et la duplicité réjouie : « je découvris sans cesse un prétexte ou l’autre pour m’échapper et remettre ma signature ».

La fortune de Moll n’est certes pas considérable, encore que 450 livres représentaient à l’époque un capital non négligeable. Elle aurait pu lui permettre de vivre de ses rentes, très modestement, et en province, surtout si elle avait ajouté aux intérêts de cette somme convenablement placée le produit de quelques travaux. Même si le lecteur n’a pas d’éléments de comparaison, il notera avec intérêt, plus loin dans le récit, les remarques concernant le salaire d’une vendeuse dans un magasin de la Cité, 3 livres par an, et le coût de la vie dans le Lancashire – p. 429 et 209 F, 238 et 110 E. Il notera aussi que ce bilan financier contredit les craintes qu’a mentionnées l’héroïne d’être « exposée aux tentations par l’affreuse perspective de la pau­vreté et de la détresse ».

En fait, Moll ne nous laisse pas longtemps dans le doute, et elle annonce maintenant ses intentions sans ambages : « Avec ce fonds, j’avais à recommencer la vie dans ce monde », – et non, notons-le bien, à préparer son entrée dans la vie éternelle. Il est clair que pour elle le problème essentiel n’est pas d’ordre spirituel ; ce n’est pas non plus la crainte de la misère, mais l’aspiration à une certaine réussite sociale, qui n’a cessé de la hanter depuis son adolescence, et peut-être depuis son enfance, encore qu’à ce moment-là, elle ait employé le terme « gentlewoman » sans bien en comprendre le sens8. Mener une vie « bourgeoise », la vie d’une femme aisée, respectable et respectée, telle est l’obsession permanente de cette orpheline éduquée dans un milieu qui n’était pas le sien. À l’heure de ce bilan, ses appréhensions majeures sont causées par son âge : pour atteindre le but auquel elle ne renonce pas, elle ne peut plus jouer le même jeu, elle ne dispose pas des mêmes atouts qu’autrefois, sa jeunesse et sa beauté, qui l’aidaient à compenser ses insuffisances dans le domaine essentiel en matière de politique matrimoniale, celui de la fortune. La litote (« je n’étais nullement avantagée ») ou Yunderstatement (« quelque différence ») ne sauraient cacher la vérité. Moll d’ailleurs prétend ne pas se faire d’illusions (« j’étais plus vieille de vingt ans » – en fait, dix-sept), elle n’est plus la même femme que lorsqu’elle vivait à Rotherhithe. Mais sa franchise calculée et ses tours de rhétorique ne peuvent masquer pour le lecteur la claire implication que contient cette dernière phrase : elle n’a plus en mains les mêmes atouts, certes, mais le jeu qu’elle a joué ne lui inspire aucun remords, et elle recommencerait si elle le pouvait. Elle n’a d’ailleurs pas dit son dernier mot, et si elle ne s’abaisse pas jusqu’à « (se) peindre » – un vieux reste de Puritanisme, peut-être ? — elle n’omet rien qui puisse la « rehausser ».

La deuxième partie de ce bilan est donc en contradiction flagrante avec le début. Moll ne profite pas de sa solitude, de la pauvreté dans laquelle elle est tombée, pour se tourner vers Dieu et expier ses péchés. Sa crise de remords et de repentir est vite terminée. L’expression « recommencer la vie » n’a plus pour elle qu’une signification concrète, financière et sociale.

Cette accumulation d’ambiguïtés et de contradictions a de quoi dérouter le lecteur. Elle a apparemment dérouté les critiques, puisque les plus récents d’entre eux se livrent à une véritable guerre d’interprétations, dans le feu de laquelle ils en arrivent parfois à oublier la complexité de la structure narrative, au point de confondre auteur, narratrice et protagoniste, sans parler de l’éditeur – sans doute fictif – du texte, mentionné dans la Préface. On peut même se demander si Defoe lui-même a toujours parfaitement maîtrisé cette structure romanesque. Deux remarques, une de la narratrice dans ce passage : « je ne suis donc qu’un bien piètre conseiller », l’autre de l’auteur dans la Préface : « non pas dans une contrition aussi extraordinaire qu’au début », conduisent le lecteur à s’interroger sur ce point.

Dans un passage comme celui-ci, l’auteur joue de l’opposition narratrice/ protagoniste pour mettre en évidence le caractère superficiel du repentir de l’héroïne, mais aussi et surtout pour souligner son énergie, sa vitalité, son prodigieux ressort, son habileté également, et sa ruse. Le lecteur du XXe siècle sera peut-être surtout sensible à l’immoralité foncière de la protagoniste, et la taxera probablement d’hypocrisie. Mais les interventions de l’auteur dans le récit ne le conduiront-elles pas de même à taxer d’hypocrisie la narratrice « repentante et humble », et à lire Moll Flanders comme un chef-d’œuvre d’ironie, l’ironiste étant bien entendu Defoe, et sa victime Moll Flanders ? L’examen de quelques pages de l’œuvre ne permet pas de répondre à cette question, qui divise les critiques de notre époque9. Mais il permet de comprendre pourquoi elle est posée – et l’on s’étonne qu’il ait fallu attendre plus de deux cents ans avant qu’elle le soit. Ce bilan dressé par Moll à la fin d’une de ses aventures nous fait en tout cas prendre très clairement conscience de la complexité de Moll Flanders, de ses ambiguïtés et de ses contradictions, qui reflètent peut-être celles de l’auteur et de son époque10.

Notes

1 Moll Flanders, p. 201-206 F - 106-109 E. Ces références renvoient, les premières (F) à la traduction française de Moll Flanders par Marcel Schwob, revue et complétée par Fernand Ledoux, et réimprimée en 1979 par Gallimard dans la collection « Folio» avec une préface de Dominique Fernandez, les autres (E) à l'édition « Everyman's Library», la plus accessible pour les anglicistes. On trouve encore le texte de ce roman dans l'édition « Shakespeare's Head» des œuvres de Defoe, publiée par Basil Blackwell en 1927, et réimprimée en offset en 1974. L'édition de l'Oxford University Press est actuellement épuisée. Nos citations sont empruntées à la traduction française, sauf lorsque le commentaire exige que l'on se reporte au texte anglais. Signalons encore au lecteur français que Defoe emploie le mot « whore» avec son sens général, comme on le faisait couramment à son époque - « an unchaste or lewd woman ; a fornicatress or adulteress ; occasionally applied opprobriously to a concubine or kept mistress» - et que nous avons employé les termes « crime» et « criminel» avec leur sens général des XVIIe et XVIIIe siècles.
2 On peut consulter à ce sujet : John Richetti, Popular Fiction before Richardson. Narrative Patterns, 1700-1739, Oxford, 1969, et en particulier le chapitre II, et Françoise Du Sorbier, Récits de gueu-erie et biographies criminelles de Head à Defoe, thèse de Doctorat d'Etat (Paris VII, 1977), à paraitre aux Presses Universitaires de Lille III.
3 Voir par exemple à ce sujet l'ouvrage de George May : Le dilemme du roman au XVIIIe siècle, Yale U.P., New Haven, et Presses Universitaires de France, 1963, en particulier les chapitres IV et V.
4 Il n'est pas possible de donner ici ne serait-ce qu'une esquisse de bibliographie. Nous nous contenterons de signaler l'ouvrage de Pat Rogers, Defoe, The Critical Heritage, Londres, 1972 (commen­taires et critiques portant sur l'ensemble de l'œuvre de Defoe, et publiés entre 1703 et 1879) ; celui de Robert C. Elliott, Twentieth Century Interpretations of Moll Flanders, Englewood Cliffs, N.J., 1970, qui permet de se faire une opinion sur les positions de la critique de notre époque à l'égard de Moll Flanders ; et un commentaire très récent en français dans Roman et société en Angleterre au XVIIIe siècle, de J. Ducrocq, S. Halimi, et M. Lévy, P.U.F., 1978, p. 59-66.
5 P. 189-190 F, 98-99 E. Cette aventure est commentée d'amusante façon par Juliet McMasters dans un article intitulé : « The Equation of Love and Money in Moll Flanders», Studies in the Novel, North Texas University, vol. II, p. 131-144.
6 Voir à ce sujet les commentaires de Robert Alter dans Rogue's Progress : Studies in the Picaresque Novel, Cambridge, Harvard U.P., 1964 - chapitre reproduit dans Twentieth Century Interpretations ..., op. cit., p. 63-77.
7 Cette phrase : « I [...] am but a very indifferent Monitor» est commentée - de façon diffuse et peu convaincante – par Maximilian E. Novak, dans un article intitulé : « Defoe's Indifferent Monitor' : The Complexity of Moll Flanders», Eighteenth Century Studies, vol. Ill, 1970, p. 351-365.
8 P. 4145 F, 10-13 E. Voir à ce sujet : Denis Donoghue : « The Values of Moll Flanders», The Sewanee Review, vol. LXXI (1963), p. 287- 303, et Everett Zimmerman : « Moll Flanders : Parodies of Respecta­bility», dans Defoe and the Novel, de cet auteur, University of California Press, 1975.
9 Voir l'article de Ian Watt : « The Recent Critical Fortunes of Moll Flanders», Eighteenth Century Studies, vol. I (1967), p. 109-126, et l'introduction de Pat Rogers à son ouvrage Defoe, The Critical Heritage, op. cit. – en particulier p. 27. Sur le fond, les points de vue antagonistes ont été le plus claire­ment exprimés par : Ian Watt, dans The Rise of the Novel, 1957, paperback, 1963 (Chap. IV : « Defoe as Novelist : Moll Flanders»), et Lee Edwards (« Between the Real and the Moral : Problems in the Structure of Moll Flanders», p. 95-107, dans l'ouvrage déjà cité de Robert C. Elliott), d'une part, et d'autre part, par Dorothy Van Ghent, dans The English Novel, Form and Function, 1951, réédité par Harper Torchbook, 1961, (p. 3343 : « On Moll Flanders»), et Howard L. Koonce (« Moll's Muddle : Defoe's Use of Irony in Moll Flanders», Journal of English Literary History, vol. XXX (1963), p. 377-394 – article reproduit dans l'ouvrage déjà cité de Robert C. Elliott).
10 C'est là un point qui mériterait une réflexion plus poussée, et dont les critiques commencent à entrevoir l'importance. Voir par exemple la conclusion du chapitre du professeur Ducrocq dans l'ouvrage déjà cité : Roman et Société au XVIIIe siècle.

Pour citer cet article :

PAILLER Albert (2014). "LA FIN D’UNE AVENTURE DE MOLL FLANDERS ; OU LES AMBIGUÏTÉS D’UN BILAN - Commentaire d’un passage de Moll Flanders, de Daniel Defoe".  Revue La Licorne , Numéro 5 .

En ligne : http://licorne.edel.univ-poitiers.fr/document5966.php

(consulté le 22/11/2017).

Les auteurs

 
Revue La Licorne - ISSN 0398-9992
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