SOUVERAINETÉ DE LA POÉSIE :
RENE CHAR ET GEORGES BATAILLE

Publié en ligne le 9 avril 2014

Par Jean-Luc STElNMETZ

À Jean Roudaut

D'une inévitable rencontre ? Pour ce que j'en sais, peu de choses. Laissant aux historiens de la littérature le soin de faire œuvre utile en nous éclairant sur ce point. Tout juste peut-on dire que Bataille et Char se connurent, s'apprécièrent et notamment se virent durant les années où le premier fut bibliothécaire à Carpentras1. Il y resta deux ans, de mai 1949 à juin 1951. Or c'est précisément durant cette période qu'il écrivit plusieurs textes sur René Char, ainsi qu'une lettre-réponse à une enquête proposée par celui-ci. Avant ces articles il avait cependant déjà dédié à René Char une suite d'aphorismes (en 1946). Quant au poète, nous ne relevons dans son œuvre qu'une référence explicite à Bataille l'épigraphe de l'édition originale de Retour amont (1966) ; nous savons d'autre part qu'il collabora au numéro d'hommage que La Ciguë consacra à G. Bataille en 1958.

Je m'en tiendrai aujourd'hui à ces indices évidents, non sans garder en réserve des occurrences plus discrètes, mais incontestables : les textes que l'un et l'autre composèrent sur les fresques de Lascaux, leur commune amitié pour Maurice Blanchot et Maurice Heine, le signe de Sade et de Nietzsche orientant leur pensée.

À mettre en regard les deux hommes, plus d'un désastre menace. Assujettir l'un à l'autre, ou se livrer à de stériles comparaisons. La présence de Bataille – les documents le veulent ainsi – paraît plus forte ; mais n'oublions pas qu'elle commente René Char et qu'elle se tourne vers lui comme vers un feu nourricier. Char donne un exemple dont Bataille tire la leçon. Cette leçon tirée par Bataille le place dans la position trop confortable du maître (celui qui sait) alors que la parole de Char porte sur l'instance même et la fragilité du savoir. Dans une certaine mesure voici, sous un angle dont on ne contestera pas la nouveauté cependant, le poète et son critique – à ceci près que la « sérénité crispée » de Char encourage la « crise de la pensée » évaluée par Bataille et que ce n'est pas de l'interprétation d'une œuvre qu'il s'agit, mais bien des chances de la poésie.

Avant la période où Bataille et Char se fréquentèrent, une relation littéraire semble s'être établie entre eux aux environs de la fertile année 1946 qui vit le retour en France d'un certain nombre de surréalistes. Ce retour avait lieu sur un fond particulièrement encombré, puisque commençait à dominer la pensée existentialiste qui, pour diverses raisons, occupait alors le terrain idéologique abandonné par les surréalistes. On sait les distances que Breton et Bataille gardèrent longtemps entre eux. En 1930, ce furent, pour la majorité, des amis de Bataille qui rédigèrent le pamphlet Un Cadavre 2 dénonçant le « pape du surréalisme ». Or c'est à ce moment que Breton accueillit, parmi les nouveaux venus, dans lesquels il mettait le plus grand espoir, René Char3.

Quand Breton revint des Etats-Unis, il décida de regagner le terrain perdu et organisa dans ce dessein une grande exposition qui ouvrit ses portes à Paris en juillet 1947. Pour cette manifestation qui ne regroupait pas moins de quatre-vingt-dix participants, il n'hésita pas à demander un texte à Georges Bataille. Celui-ci ne le refusa pas ; mais, alors que Breton cherchait à découvrir le prochain mythe des temps modernes, Bataille présenta quelques phrases déceptives, L'Absence de mythe4, ce qui ne signifiait nullement d'ailleurs que le règne du mythe était passé, mais ce qui tendait à prouver que « l'absence est aussi un mythe ».

Je n'aurais pas insisté sur ce texte si, un an auparavant, Bataille n'avait dédié à René Char une suite d'aphorismes annonçant très précisément cette contribution. Publié sous le titre impératif À prendre ou à laisser5, dans la revue IIIe Convoi, l'ensemble évoque une autre absence, celle de « communauté ». Bientôt, Bataille le complétera par un troisième texte, L’Absence de Dieu6. Cette façon de faire rayonner le négatif indique moins un nihilisme, comme on aurait pu s'y attendre, que la positivité d'un vide. Maître Eckhart dans ses Sermons avait déjà donné à entendre une telle dialectique7.

En 1946, dans À propos d'assoupissement8, Bataille distinguait, parmi tous les surréalistes, René Char  dont l'action du point de vue que j'ai défini n’est guère accessible (l'expérience l'indique : si j'excepte Char, il n'est guère d'action de conséquence, menée par des hommes issus du surréalisme, qui n'ait d'abord entraîné l'abandon de ses principes […] » Bataille revendiquait, en effet, une contestation radicale, une insoumission absolue. Il reprochait au surréalisme de s'être toujours tenu en deçà. Parlant au nom de ce qu'il appelait l'opération souveraine, il remettait à sa juste place l'action dont cependant il reconnaissait que Char l'avait menée sans abandonner les ambitions plénières du « grand surréalisme » toujours à venir (après la phase des œuvres « subordonnées »).

Assurément, les fragments qu'il dédie à Char la même année contiennent plus d'un élément qui semble en désaccord avec la position éthique de leur dédicataire. Ainsi Bataille n'hésitait-il pas à écrire, d'entrée de jeu : « J'ai l'inébranlable conviction que, quoi qu'il advienne, ce qui prive l'homme de valeur, son déshonneur et son indignité, l'emporte, doit l'emporter sur tout le reste, mérite que tout le reste soit subordonné et au besoin sacrifié ». On aura reconnu les termes véhéments d'une pensée inspirée non tant par une recherche scandaleuse du plaisir que par un sens confondant de la perte. Cet au-delà de la morale résonne, apparemment, comme un ultra-nietzschéisme. C'est aussi l'homme souverain de Sade qui parle ici. On se demandera, en ce cas, pourquoi Char fut l'objet de la dédicace, car l'action dont témoignait son dernier recueil, Feuillets d'Hypnos9, n'écartait ni la dignité ni l'honneur. Bataille, se réclamant d'anti-valeurs (l'emportant selon lui sur tout critère de soumission à quelque morale), semblait ainsi remettre en cause la conduite du poète résistant. Je pense toutefois que cette affirmation violente, Char était à même de la comprendre. C'est que la pensée de Nietzsche, ligne de crête, énergie volcanique, était la compagne des deux hommes10. Au partisan, au responsable, a l'homme engagé, Bataille n'hésite pas à rappeler, non par un tu d'interlocution, mais par des formules souvent impersonnelles, la force inestimable du désir et la souveraineté (celle de la poésie) où l'homme assume sa plus intense solitude et son plus farouche mystère. Au-delà des actes héroïques que Char avait accomplis pendant la guerre existait l'héroïsme tragique où le désir entre en rivalité avec la cité, où le Hasard, voire le Fatum, joue aux dés. Bataille se réclame de l'« inavouable ». S'adressant à Char, il permet sans doute de mieux comprendre celui-ci. Les Feuillets d'Hypnos ne seraient pas des poèmes réductibles à un choix politique, à une rébellion « commandée » ; ils feraient entendre une voix réfractaire. Ainsi l'amour en ces pages est-il lié à l'action en vue d'une merveille toujours rajeunie par la menace parfois illuminante de la mort ; et la mort fait-elle partie du jeu de chaque jour, sous une lumière éclatante et coupante.

L'avant-dernier aphorisme de À prendre ou à laisser traite plus précisément de la poésie, donc, apparemment, touche René Char de plus près : « La poésie, écrite ou figurée, est le seul cri souverain : c'est pourquoi elle mène à ces servilités d'ilotes ivres de poésie ». Assimilant la poésie à la souveraineté, Bataille n'en dénonce pas moins la révérence de ceux qui la servent peut-être par excès d'illusion et sans voir qu'en eux-mêmes elle doit s'élever comme un cri trop fort. Cette souveraineté, Char l'affirmera également « Si l'homme parfois ne fermait souverainement les yeux, il finirait par ne plus voir ce qui vaut la peine d'être regardé11 ».

Malgré l'« absence de communauté », Char et Bataille se retrouvent alors dans une forme (le mot reste exigu). Ils provoquent la poésie par l'aphorisme, lapidaire mais projectif, qui désigne une suite, même s'il donne l'impression de s'interrompre abruptement sur le vide et le silence.

À l'occasion d'un questionnaire proposé par Char et publié par la revue Empédocle 12 en mai 1950, « Y a-t-il des incompatibilités ? », Georges Bataille écrivit une longue lettre-réponse.

Quelles incompatibilités inquiétaient le poète ? « On affirme – remarquait-il – que certaines fonctions de la conscience, certaines activités contradictoires, peuvent être réunies et tenues par le même individu sans nuire à la vérité pratique et saine que les collectivités humaines s'efforcent d'atteindre. C'est possible mais ce n’est pas sûr. La politique, l'économie, le social et quelle morale ? ». Plus loin et par métaphore, René Char précisait : « Il y a dans tout homme deux gouttes d'Ariel, une goutte de Caliban, plus une parcelle d'un amorphe inconnu, mettons, pour simplifier, de charbon, susceptible de devenir diamant Si Ariel persévère, ou, Si Ariel démissionne, maladie des mouches ». Les personnages de La Tempête de Shakespeare donnaient ainsi la mesure des forces opposées à l'œuvre dans l'homme, ces deux postulations dont Baudelaire avait déjà parlé13 ; mais un grain de matière restait judiciable d'une transmutation aléatoire. De cette formulation, un aphorisme de Partage formel semble le très fidèle écho : « Ce dont le poète souffre, c'est du manque de justice interne. La vitre-cloaque de Caliban derrière laquelle les yeux tout-puissants et sensibles d'Ariel s'irritent14». Un texte commente l'autre. Le diamant, l'œil visionnaire d'Ariel, la maladie des mouches, la vitre-cloaque de Caliban reconstituent l'univers de Char formé d'une tension tragique entre la beauté-transparence et le mal-opacité.

La réponse de Bataille parut sous forme de lettre dans Botteghe Oscure15. Délibérément et avec insistance, elle souligne le contexte contemporain où résonnait la question. Plus d'une fois, on verra la relation unissant Char et Bataille ainsi placée sous le signe d'une urgence, à la lumière d'un « aujourd'hui » d'ailleurs équivoque, mais dont brille la « diversité brasillante ». Menant le questionnaire à sa maturité, le faisant aboutir et forçant le texte pour qu'en éclate la vérité prénuptiale, Bataille résume  « On ne saisit pas encore clairement que, dans les temps présents, c'est – bien qu'en apparence il ait fait long feu –, le débat sur la littérature et l'engagement qui est décisif16 ». Un problème souciait alors le monde littéraire  pour qui écrit-on ? Au nom de quelle idéologie ? La guerre lui avait donné une particulière acuité. Il avait requis toute la poésie de Char. Or voici que Bataille le conduisait à son point de non-retour en y apportant une réponse sans ambiguïté au terme de laquelle Ariel et Caliban devaient connaître leur place et le poids qu'ils pesaient.

À définir les incompatibilités propres à l'époque, Bataille n'hésite pas à revendiquer l'inutilité de l'art et de la littérature dans une période où – rappelons-le – un très vif débat s'était élevé au sujet de l'engagement, débat dont l'un des temps forts avait été marqué par la parution du factum de Benjamin Péret, Le Déshonneur des poètes17, dénonçant l'asservissement de la poésie à des causes politiques. Bataille ne dit pas autre chose, mais sur un ton tout différent et pour défendre – on s'en doute – une conception de la littérature anthropologiquement fondée. Il en refuse l'assujettissement. Sous une forme conceptuelle, il expose de nouveau certaines idées suggérées dans À prendre ou à laisser. Il estime que « l'art seul hérite aujourd'hui, sous nos yeux, le rôle et le caractère délirants des religions18 ». Au fur et à mesure que l'article se déroule apparaissent des phrases proches de la pensée du questionneur. Que « la connaissance doive finalement se résoudre dans la simplicité de l'émotion19 », nombre de poèmes de Char l'avaient prouvé et le prouveront encore, avec une autorité indiscutable. Chez l'un comme chez l'autre nous touchons ou, du moins, devinons l'intimité du non-savoir et le pouvoir (presque inexploré) d'une fabuleuse innocence, celle qui confère à la poésie son caractère éternellement nuptial. L'émotion qui n'est pas un des maîtres-mots de Char20, n'en décide pas moins de la singularité de certains de ses poèmes, de leur éclat unique et de la conquête que leurs mots assurent.

Mais, proches, Char et Bataille le furent d'autant mieux qu'ils surent chacun affronter la mort. À vouloir annexer le langage de Char à la philosophie, on a fini par en recouvrir la nudité. Or, dans le sans-précédent et le non-savoir, Char, comme Bataille, se trouvent affrontés lucidement à la mort, qui n'est plus, en ce cas, simple figure négative. Dans la littérature même, elle se produit, comme une inévitable occurrence. La force de la littérature, et singulièrement de la poésie, est liée à ce passage à la limite où l'absence doit être regardée de face. « Née de la déchéance du monde sacré, qui mourait de splendeurs : mensongères et ternes, la littérature moderne à sa naissance paraît même plus, voisine de la mort que ce monde déchu21 ». C'est dire que « l'absence de Dieu », conduit à reconnaître, plus proche encore, le « mortel partenaire22 ». Et je ne crois pas que Char l'ait jamais ignoré. L'illusion tend à considérer que quiconque néglige la mort se dévoue plus sûrement à la joie, alors qu'il est sans doute une moderne conscience de la mort sans laquelle on ne saurait rire. Loin d'une morbidité qui ensevelirait chaque instant de la vie, le compagnonnage de la mort élève parfois au rire souverain, à la fête violente et à la poésie. Deux forces contradictoires sont alors en présence. Je pense – et Bataille aide à le penser – que la poésie de Char est celle qui maintient la plus sûre tension entre l'édifice et la ruine, qu'elle investit un acte où elle se dépasse23. Elle établit en elle une duction, éclair qui « pilote l'univers ». Sa force est un feu qui tour à tour chauffe et ravage, parce qu'elle reconnaît et intègre les pouvoirs de destruction, qu'elle en sait l'énergie face à laquelle proposer une lutte. L'inutilité, dont pour sa part se réclame Bataille, n'est pas revendiquée par mépris de l'homme : elle sauvegarde l'homme souverain, retiré des « horreurs économiques24 », soustrait à l'usage tendant à le diminuer, ouvert à une dimension sans commune mesure (d'autres diraient « absurde »). « Juxtapose à la fatalité la résistance à la fatalité. Tu connaîtras d'étranges hauteurs25 », conseille, quant à lui, René Char. Cependant, là où Bataille se sent aspiré par le vide et pactise avec la nuit (où il peut voir « le bleu du ciel ») persistent chez René Char l'assurance de la beauté, le paysage (de mots) imputrescible et l'iris des sensations.

Par deux fois, Bataille a commenté plus précisément certaines œuvres de Char, dans des articles d'ailleurs sensiblement contemporains des aphorismes et de la lettre dont je viens de parler.

En septembre 1949, il vient de prendre ses fonctions à la Bibliothèque lnguimbertine de Carpentras et il s'est rapproché du poète qu'il fréquente maintenant comme un ami. Il lui consacre un texte « L'Œuvre théâtrale de René Char26 » qui paraît dans le dernier numéro de la revue Critique première série. La partie théâtrale de l’œuvre de Char est loin d'être la plus connue. Elle semble avoir été moins appréciée que ses poèmes. Comme Char le précise dans l'avertissement du Soleil des eaux27, « Ici ne devront affleurer que des indices de littérature. On y parle la langue de la paresse et de l'action […]. Il entend bien marquer par-là la différence entre ce que Mallarmé appelait les deux états du langage : mais il ne conteste pas l'usage, voire l'utilité de la prose quotidienne, « monnaie d'échange ». Elle sert en ce cas une poésie de circonstances. Bataille, sans vain préambule, dit très exactement la portée limitée de tels écrits quand il affirme, par ailleurs, à quel point la poésie répond à une autre nécessité : « L'attitude de la poésie est d'abord négligente, oublieuse des intérêts communs des hommes, étrangère aux soucis du bonheur et voisine de l'angoisse ». Cette définition s'orne prudemment d'un d'abord (d'un a priori). La suite de l'article fait toutefois quelques concessions dans la mesure où Char tentait, sur un mode qu'il reconnaissait être mineur, une réconciliation avec lecteur. Le Soleil des eaux traite d'un problème d'actualité : l'empoisonnement d'une rivière (la Sorgue) par les déchets d'une usine. « Spectacle pour une toile de pêcheurs », la pièce est une protestation, mais aussi une discrète tentative pour faire entrer dans le monde du mythe les jours ordinaires. Et Bataille entend fort bien la teneur d'un tel essai : « jamais la poésie n'est étrangère à la vie, comme la vie n'est jamais étrangère à la poésie ». En ce sens, Dehors la nuit est gouvernée, mais surtout Feuillets d'Hypnos avaient donné la magistrale leçon d'un quotidien épousant les plus hautes exigences, sans que fussent abandonnées le moindrement les prérogatives du langage souverain. Peut-être désarmé par ce qu'il juge être malgré tout un relâchement, Bataille élève bientôt le débat quand il se demande si « la recherche du bonheur », finalité de la vie, n'est pas donnée essentiellement par la poésie. Insistant peu sur ce que pourrait offrir de mimétique ce « spectacle » pour des « pêcheurs », il en garde surtout la visée et, sans taire la question matérielle posée par l'argument de la pièce (la pureté des eaux, la survie des poissons, le travail des pêcheurs), il montre cependant que la vraie solution se trouve moins dans une action d'hygiène réelle que dans un choix poétique de vivre. Le théâtre ici doit s'emparer du réel pour le transformer par la poésie. Bataille imagine même un tableau solaire pour donner l'idée d'une telle transformation : « ces pièces […] ont néanmoins [notons cette réserve] ce sens dur et agressif de faire entrer comme un troupeau les vies entières dans la poussière suffocante et ensoleillée de la poésie ». Le monde fabuleux du spectacle donnerait une dimension souveraine à l'ordinaire : lumière et souffle – ou suspens du souffle, émoi extrême. Et le sens de la littérature est de porter les vies à ce degré d'émotion, de lumière, de chaleur, de chauffer à blanc les vies moutonnières et piétinantes et de les inscrire dans une sorte de nimbe solaire, d'éclat panique. Mais cette fureur de bonheur, trouvée parfois par les spectateurs ou le lecteur, Bataille exige encore qu'elle soit dépassée. Il en appelle au «saut»28 qui mène le poète « plus loin que le bonheur » dans un domaine où ne comptent plus les appeaux de l'espoir ni les satisfactions consenties.

Le plus long texte que Bataille ait conservé à René Char29 , porte cependant sur un court recueil : À une sérénité crispée. On y voit d'autant mieux deux pensées dialoguer presque terme à terme, même si le texte de Char, définitif, ne donne ici la réplique que dans la mesure où Bataille son lecteur le fait parler. Un parcours préalable du livre n'aurait d'ailleurs pas permis de deviner, dans cette suite d'aphorismes lesquels retiendraient Bataille, – et nous sommes – parfois surpris de le voir citer telle phrase et passer telle autre sous silence.

Le point de vue, qu'il adopte dès le début, situe la poésie dans une Vision anthropologique où l'activité humaine est définie en termes de travail et de fête. L'homme limité et l'homme souverain s’opposent. René Char débutait son recueil en faisant appel à des notions assez proches de la pensée de Bataille : « Produire (travailler) selon les lois de l’utilité, mais que cet utile ne serve à travers tous qu'à la personne de la poésie ». Sans atteindre les lieux extrêmes de l'excès bataillien, il estimait néanmoins que la seule utilité de l’œuvre consistait à dévoiler un temps dont rien ne nous dit qu'il soit utile, mais dont tout prouve la nécessité sans but. À travers deux formes, poèmes et critique, Char et Bataille rencontrent la même exigence et prononcent une défense obstinée de la poésie30, de « la personne de la poésie ». Il n'est pas douteux que celle-ci ait constitué, aux yeux de Bataille, le plus sur accès à l'impossible (avec les moyens réduits du langage) et, quand il assimile purement et simplement Char à « la force de la poésie », il célèbre une écriture dont il se sent proche, quoiqu'elle ait sans doute réussi là où lui-même ne laissa entrevoir qu'un projet. Bataille, en effet, s'il tenta d'exercer la parole poétique, semble être le plus souvent demeuré en-deçà, faute d'avoir cru au total pouvoir des mots. Char ne remet pas en cause la justesse, ni la beauté du vocabulaire. Bataille, à cet endroit, prononce tacitement un vœu de pauvreté qui réduit ce qu'il écrit à l'apparence de bribes31. Pourtant, Char, en dépit de ses certitudes, a très bien su lui-même ce qu'il en était des à-peu-près du langage : « Toute association de mots encourage son démenti, court le soupçon d'imposture. La tâche de la poésie, à travers son œil et sur la langue de son palais, est de faire disparaitre cette aliénation en la prouvant dérisoire32 ». Ce n'est pas façon de jeter sur le langage un discrédit définitif, mais appréhension de ses faiblesses. Le langage doit, en effet, à tout instant conquérir sa souveraineté, un état qui ne relève plus de la simple alliance de métaphores choisies, de l'unique jeu des structures. Entre des trouvailles harmonieuses et la précision qui tranche, la distance est immense. Le langage trouve l'occasion de se désaliéner dans l'exercice de la poésie libérant des contraintes sémantiques ordinaires.

Exaltant les mérites de la Poésie vraie, Bataille la réfère surtout (et encore) à l'émotion. Il souligne les pleins pouvoirs de cette révolution du corps, quand tendent à s'abolir les cadres de la conscience et les bornes du possible. Il considère alors que À une sérénité crispée est un livre qui « appelle la négation de nos limites33 », remarque dont un aphorisme de Char semble être le complément : « L'expérience que la vie dément, celle que le poète préfère34 », à ceci près que la vie ne dément pas toujours une telle expérience, puisqu'elle offre, bon gré mal gré, un lieu favorisant l'irruption du merveilleux – auraient dit les surréalistes –,le pouvoir de l'extase – affirmerait Bataille –, « l'instant où la beauté […] surgit des choses communes […] allume tout ce qui doit être allumé de notre gerbe de ténèbres35 » – annonce René Char. Le poète préfère donc les instants où quelque limite est touchée et ce sont précisément ceux auxquels Bataille attache la plus haute importance, puisque ainsi se trouve dénoncée l'insipidité du possible et dépouillé l'être, révélant son passage à la limite.

L'essence de la poésie, Bataille parvient à la cerner en se référant au sacré. « La totalité est toujours ce qui fait trembler, ce qui […] est tout autre, horrifiant et nous donne un frisson sacré, mais faute de quoi nous ne pourrions prétendre au « pur bonheur » dont parle le poète, ce bonheur « soustrait aux regards et à sa propre nature36 ». La lecture de la poésie de Char créerait une forme de tremblement, parce qu'elle nous mettrait en contact avec la totalité, rétablirait le continuum, d'habitude entravé par la pensée. L'émotion prélude à ce mouvement. Char n'est assurément pas un simple colporteur de bonheur, un diffuseur de lumière, et Bataille a ressenti la « crainte », l'« angoisse », l'« ironie » avec lesquelles ses poèmes sont tissés. Il y a dans l'assentiment solaire de tels textes la puissance frontale et tendue du héros tragique recevant sur lui la lumière et le sang. Poèmes non d'apaisement mais de lutte où la présence efficace de la mort n’encourage pas le néant, mais pose l'acte de parole dans son risque essentiel et l'aiguise au morfil du non. La percée vers le tout autre37, l'accès à l'impossible annulent la séparation. La dramaturgie du signe s'en trouve modifiée au bénéfice d'un « mystère ». En ce point convergent la religion primitive (dont Bataille rappelle le nécessaire pouvoir de lien) et le sacré, dont le texte de Char n'ignore pas la mythologie permettant une autre estimation du séjour, une réévaluation

Lorsqu'en 1958, la petite revue La Ciguë décide de consacrer son premier numéro à Georges Bataille (seul hommage qu'on lui ait rendu de son vivant), elle fait appel, parmi d'autres « témoins », à René Char qui envoie une brève réponse38 :

Il m'est plus difficile que je n'avais pensé d'écrire sur Bataille que j'affectionne et que j'admire ; ce, dans des délais très brefs. Bataille ne m'en voudra pas, car il sait, lui, quelle importance j'attache à son œuvre et à quelle hauteur et profondeur à la fois je la mets dans le bouillonnement de notre époque splendide et décevante.
Bataille réussit, sans rien détruire, à remettre à peu près tout ce qui vaut de vivre et de durer, dans la perspective féconde, réservée, de demain. C'est-à-dire le marais et le glacier, ces deux honnis, ces deux attaqués.

Sa contribution occupe peu de place. Elle n'en mesure pas moins avec précision la force d'une pensée, d'un projet et d'un style. La première remarque, qui pourrait sembler une redondance, évoque cependant cette tension entre la base et le sommet dont un livre de Char s'était fait le transmetteur ; elle note aussi que l'énergie propre aux textes de Bataille atteint une profondeur (différente alors de la hauteur) qui pourrait fort bien désigner en ce cas les zones d'ombre où s'enfoncent des récits comme Madame Edwarda ou Le Mort. Hauteur et profondeur se lient chez Bataille (la bassesse peut favoriser une élévation) alors que chez René Char les denrées corrompues de la nuit humaine n'accèdent jamais à une quelconque grâce. Char n'ignore pas la descente aux enfers ; plusieurs de ses poèmes en portent la marque ; cependant celle-ci n'y est jamais « relevée »39; on ne pourrait partir de là pour gagner le sommet. Bataille, quant à lui, a besoin d'un mouvement de descente insensé (vertigineux) pour toucher un lieu d'envers où, la perte l'emportant, le bonheur tout entier se déploie dans l'effusion.

Char perçoit l’opportunité de l'œuvre de Bataille. Il la restitue à l'époque, fût-elle en contradiction provisoire avec elle ou la précédant, à l'image des (« matinaux » et de Rimbaud poursuivant l'aube. Le jugement de Char considère, en effet, sa valeur annonciatrice. Bataille, en l'occurrence, est vu comme un permutateur ; par lui, les raisons de vivre sont placées sous l'angle de leur futur mûrissement. « La perspective […] réservée de demain » consonne avec la pensée de Bataille qui souvent se plut à forcir le double sens du mot réserve40 : retrait pour un regain, litote pour une métaphore. Char, en ses propres termes, entend ce que Bataille réhabilite pour un nouvel usage : « le marais et le glacier ». L'antithèse paraît trop violente, comme celle du requin et de la mouette illustrant un autre célèbre poème. Hauteur et profondeur, redirons-nous. Et, de fait, comment ne pas songer au « marais », quand on considère les récits de Bataille qui nomment souvent ces régions de trouble et de tremblement où une certaine pente attire. « Régions marécageuses du cul41 », note l'auteur d’Histoire de l'œil. Bataille fut celui qui sut parler de ces « marécages » avec une autorité restituant au tragique une place qu'on n'osait si bas lui accorder. Le « marais », aux yeux de Char convoquant Bataille, n'est donc pas ici la sentine de la médiocrité, puisque le poète en prend le parti et le dit injustement « honni », « attaqué ». Le marais vaut de vivre, fût-il Averne, lac infernal s'étendant au fond de nous et sur lequel il convient de faire la lumière, comme sur l'arête inhumainement pure du glacier.

Par-delà la mort, l'entretien tacite entre Char et Bataille se poursuivit. Bataille décède en 1961. En 1966, Char, lorsqu'il publie Retour amont42, donne en épigraphe à ce livre un extrait de L'Expérience intérieure : « Cette fuite se dirigeant vers le sommet (qu'est, dominant les empires eux-mêmes, la composition du savoir) n'est que l'un des parcours du labyrinthe. Mais ce parcours, qu'il nous faut suivre de leurre en leurre, à la recherche de l'être, nous ne pouvons l'éviter d'aucune façon ». De nouveau, les mots de Bataille retiennent l'attention du poète. N'y perçoit-il pas, en effet, une « recherche de la base et du sommet » qui semble avoir été la sienne, dès, que son écriture prit forme. Si Bataille est plus fortement attiré par l'inévitable cloaque, l'enfer intérieur, Char tend vers une exaltation ; mais cette élévation rejoint – on l'a vu – l'énergie que Bataille mit en œuvre pour donner, à la vie sa perspective de dépassement. Le passage obligé par le savoir – comme par le langage – obséda les deux hommes au titre d'une pensée ne se réclamant plus tant de la philosophie que d'une archéologie poétique, d'une vue matinale. L'étape du savoir exposant ses leurres (à la mesure des ersatz de l'imaginaire) constitue un inévitable moment à franchir pour l'homme de l'expérience intérieure que fut Bataille, et pour Char le poète, assurant que « l'acte est vierge, même répété43 ». Inévitable parce que la connaissance absolue se doit de passer par la négation de la connaissance relative et de faire son deuil-" de l'acquis des apparences et des apparitions. Autant dire que bientôt le savoir se dissout et nous assigne au vide : « une haleine à casser les vitres44 », dit ailleurs René Char. Retour amont ? J’entends non pas un désir de s'enraciner dans l'origine, mais un geste où s'accroît l'innocence, où s'affûte la nouveauté et qui coïncide avec une recherche de l'être, à la fois répandu dans les choses et toujours sur le point de naître-disparaître. La poésie fait figure de recollection, sans nécessairement se refermer dans un « cercle chaud ». Innovant, elle persiste à surprendre ; et ce qu'elle transmet est une toute première évidence devant laquelle nous nous sentons comme étrangers. Parcours, elle est moins route, en fin de compte, que « bâton éclaté »45 ; sa dimension disruptive, animant les contradictions, soulève le danger de l'incommunicable. Prise dans le labyrinthe assignant au savoir, elle en défait cependant, au fur et à mesure, les leurres ; mais, les défaisant, elle nous arrache à la commune mesure et rend étranges les mots. Au lit de la page se lisent alors l'expérience d'un espoir et le calcul d'une agonie.

La relation, a priori imprévue, entre Bataille et Char montre bien la circulation multiple qui relia les surréalistes et leurs opposants les plus déclarés. Ces derniers, au demeurant, se réclamaient autant d'un surréalisme plus vrai, d'une intransigeance qu'il faut appeler « souveraine » face à laquelle celle de Breton, prisonnière de ruses et d'aveuglements, leur paraissait une trahison. Mais la sympathie que Char et Bataille éprouvèrent l'un pour l'autre résulta, avant tout, d'une perception analogue des contradictions les plus vives animant l'univers et d'une douloureuse conscience de l'irrémédiable. Le travail des forces de mort, Bataille et Char l'ont non seulement compris, mais assumé – non pas en repoussant sauvagement l'échéance, mais en comprenant sa violence, voire sa fécondité. Sur un rebord vertigineux ils se tiennent, l'un déjà tendu vers le vide, l'autre contemplant la beauté du séjour tout en devinant sa ruine et son érosion. Ce n'est pas que leur rencontre ait jamais donné lieu à une véritable complicité ; elle se forma plutôt d'une écoute continue, d'assentiments et de reconnaissances – et cela même selon une distance incontractable qui ne fut pas signe de mépris, impossible rapprochement, mais indice de « l'absence de communauté ». Aussi convient-il de les rendre à leur isolement non sans penser que leur caractère de lointains leur confère l'émission d'une lumière éclairant nos veilles pour que demeurent, causes d'un étonnement sans fond, la raison et l'excès, Ariel et Caliban, les jours et les nuits de l'homme.

Notes

1 Voit Michel Surya, Georges Bataille. La mort à l'œuvre, Librairie Séguier, 1987. Mis à contribution continûment dans cet article, les livres de Bataille, L’Expérience intérieure, Gallimard, 1954 : La Souveraineté, Gallimard, Œuvres complètes, t. VIII, 1976 : L’impossible, éd. de Minuit, 1962.
2 Parmi les signataires, Robert Desnos, Jacques Baron, Georges Rihemont-Dessaignes, Michel Leiris, Georges Limbour, Jacques Iréveri, Raymond Queneau.
3 Michel Surya cite de Char une lettre adressée à Bataille datée du 7 décembre 1946 : « Toute une région majeure de l'homme dépend aujourd’hui de vous. Je le disais hier à Breton qui partageait mon opinion ».
4 Le Surréalisme en 1947, catalogue de l'exposition internationale présentée par A. Breton et Marcel Duchamp, éd. Maeght, 1947, p. 65. Char participait à ce même catalogue par une lettre envoyée à André Breton et reprise dans Recherche de la base et du sommet, « La Lettre hors commerce ». Voir R. Char. Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1983, p. 660-661. Nous désignerons ce livre par le sigle Pl.
5 À prendre ou à laisser a paru pour la Première fois dans IIIe Convoi, n° 3, novembre 1946, p. 24-25. Dans cette même livraison, Char donnait le poème Jacquemard et Julie. Bataille, en fin de texte, évoque son « absence de communauté » et annonce « l'absence de mythe » : « l'absence de mythe est le seul mythe inévitable ».
6 L’Absence de Dieu dans IIIe Convoi, n° 4, mai 1947, p. 3-5.
7 La théologie négative de Maître Eckhart a plus d'une fois retenu Bataille. Voir Le Coupable, passim.
8 Parution dans IIIe Convoi, n° 2, janvier 1946.
9 Feuillets d'Hypnos, 1ère publication, Gallimard, coll. « Espoir » dirigée par Albert Camus, avril 1946.
10 Nietzsche figure parmi les « grands astreignants » de Char. Voir aussi La Nuit talismanique, Skira, 1972, « Nietzsche, perpétuellement séismal, cadastre tout notre territoire agonistique ».
11 Feuillets d'Hypnos, aphorisme 59.
12 Cette revue avait pour directeur Jean Vagne. Le comité de rédaction comprenait Albert Béguin, Albert Camus, René Char, Guido Meister, Jean Vagne. Le premier numéro avait paru en 1949. Le numéro 7 (1anvier 1950) avait publié le pamphlet de Julien Gracq, La Littérature à l'estomac ; dans les numéros 8 et suivants, on pouvait lire Les Justes de Camus. Le questionnaire de Char fut repris dans Recherche de la base et du sommet, Gallimard, 1955 (Pl., p. 658-659).
13 Voir Mon cœur mis à nu : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan ».
14 Partage formel dans Seuls demeurent, Gallimard, 1945 (PI., p. 155).
15 « Lettre à René Char sur les incompatibtlités de l'écrivain » dans Botteghe Oscure, 1950, VI, p. 172-187.
16 Art. cit, p. 176.
17 Le Déshonneur des poètes parut d'abord au Mexique en 1945. Dans Le Surréalisme et l'après-guerre, conférence prononcée à la Sorbonne le 11 avril 1947, Tristan Tzara s'en prit violemment à ce pamphlet qu'il estimait être « une insulte aux poètes morts du fait de l'occupation ». « […] par son impudeur il salit à tout jamais le Semblant d'idéologie dont il s'est inspiré ». On Sait que cette conférence fut troublée par l'intervention des Surréalistes.
18 Art. Cit. p. 178. La construction du verbe « hériter » surprend.
19 Art. Cit, p. 180.
20 Mais il se lit dans certains textes.
21 Art. Cit, p. 186.
22 Le mortel partenaire, poème dédié à Maurice Blanchot et repris dans La Parole an archipel, Gallimard, 1962 (PI., p. 363, qui donne un premier état du texte, p. 1181-1182, daté du 29-30 mars 1953).
23 « Ne te plains pas de vivre plus près de la mort que les mortels », dans « Rougeur des Matinaux », Les Matinaux, Gallimard, 1950 (PI., p. 333). Voir mon article La Perte à l'œuvre dans Sud, n° René Char, 1984, p. 37 52.
24 Expression de Rimbaud dans son poème Soir historique (dans les Illuminations).
25 Dans « Le Bulletin des Baux » dans Le Poème pulvérisé, Fontaine, 1947 (Pl., p 258).
26 Dans Critique, n° 40, septembre 1949, p. 771-773. Critique cessa de paraître avec ce numéro et ne fut repris qu'à la fin de l'année suivante par les éditions de Minuit.
27 Le Soleil des eaux, 1ère publication, Paris, H. Matarasso, 1949. Cette pièce fut créée en 1948 par la Radiodiffusion française. La musique était de Pierre Boulez.
28 « Être du bond. N'être pas du festin, son épilogue », écrit René Char dans Feuillets d'Hypnos (197). Voir PI., p. 222.
29 « René Char et la force de la poésie », Critique, Octobre 1951, p. 819-823. À une sérénité crispée avait paru chez Gallimard en avril 1951.
30 « Défense obstinée de la poésie » est la formule même du premier qui la tenta, à Savoir Alfred de Vigny. Celui-ci n'est pas ignoré de Char qui le nomme dans « Pages d'ascendants pour l'an 1964 » (repris dans Recherche de la base et du sommet. Pl., p. 711) : « Vigny est inspiré dans un angle insigne ».
31 Admirable, mais à la limite de l'étouffement (par angoisse), l'unique recueil de Bataille L’Archangélique.
32 À une sérénité crispée. PI., p. 753
33 Art. Cit, p. 821.
34 À une sérénité crispée (PI. p. 757). Les mots Souverain et souveraineté sont présents dans le recueil de Char, notamment dans cet aphorisme : « Au centre de la poésie, un contradicteur t'attend. C'est ton souverain. Lutte loyalement contre lui ».
35 À une sérénité crispée, Ibid.
36 Art. Cit, p. 822. Bataille se réfère ici au mysterium trensendum de Rudolf Otto, auteur du Sacré. Placer en face les Quatre fascinants de Char (1ère publication dans Le Paroi et la Prairie, G.L.M., 1952).
37 Le tout autre est le sujet même de l’hétérologie de Bataille, qui cependant ne saurait être une science : plutôt un discours s'opposant à « n'importe quelle représentation homogène du monde ».
38 La ciguë, n° 1, janvier 19518, p. 31.
39 Au sens hégélien du terme, c'est-à-dire positivement dépassée.
40 Cette retenue, la poésie de Bataille la maintient et ses aphorismes l'assurent. Lucette Finas en a levé la digue en lisant le récit « réservé » de Bataille, Madame Edwarda. Voir La Crue, Gallimard, 1972.
41 Histoire de l’œil, 1928. Chap. « L'odeur de Marcelle ». De ces marais Isidore Ducasse, au début des chants de Maldoror, conseille de s'écarter, si l'on est un lecteur peu aguerri.
42 Retour amont, Gallimard, 1966. L'épigraphe ne se retrouve pas dans l'édition de la Pléiade. File est mentionnée en note, p. 1253. La citation correspond à la page 112 de L'Expérienoe Intérieure, Gallimard, 1954. Plus bas, G. Bataille précise: « à chercher le sommet, noua trouvons l'angoisse. Mais en fuyant l'angoisse, nous tombons dans la pauvreté la plus vide ».
43 Feuillets d'Hypnos (46), PI., p. 186.
44 À une sérénité crispée, PI., p. 758.
45 Ibid., Pl., p. 759. « Ma route est, je crois, un bâton éclaté. Le désir vaut le but quand le but est enfoui en nous ».

Pour citer cet article :

STElNMETZ Jean-Luc (2014). "SOUVERAINETÉ DE LA POÉSIE :
RENE CHAR ET GEORGES BATAILLE".  Revue La Licorne , Numéro 13 (ÉPUISÉ) .

En ligne : http://licorne.edel.univ-poitiers.fr/document5871.php

(consulté le 21/09/2017).

Les auteurs

 
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