PARENTHÈSES ET TIRET DOUBLE :
UNE AUTRE FAÇON D’HABITER LES MOTS

Publié en ligne le 20 mars 2014

Par Sabine BOUCHERON

Lorsque l’on aborde la ponctuation, il arrive que l’on se laisse porter par le flou définitoire, souvent inspirateur, qui caractérise (paradoxalement) ce domaine redécouvert. A l’instar de Bouvard et Pécuchet, on bute alors contre des questions naïves auxquelles on ne sait pas répondre et qui mènent pourtant à l’essentiel : qu’est-ce que la ponctuation ? Qu’est-ce que ponctuer ? Qu’est-ce qu’un signe de ponctuation ? Loin d’avoir la prétention de répondre à ces questions, nous souhaitons simplement revenir sur quelques éléments de définition tout en illustrant le fonctionnement énonciatif de la parenthèse et du double tiret1.

Rien n’interdit de commencer d’abord par une définition « négative » du signe de ponctuation. Le signe de ponctuation n’entre pas dans la « double articulation » du langage2. Il n’appartient pas aux unités de seconde articulation : ce n’est pas un phonème (il n’a donc pas de fonction distinctive). Il ne relève pas non plus de la première articulation : ce n’est pas un « monème » ou mot3 : de ce fait, il ne se décompose pas en unités de niveau inférieur et il n’entre pas directement dans une unité de niveau supérieur. Autrement dit, il ne constitue jamais la « partie intégrante » d’une unité de niveau supérieur4. Dans la mesure même où il ne constitue pas, à soi seul, un niveau particulier de l’analyse linguistique, le signe de ponctuation peut intervenir à tous les niveaux de l’analyse. Ainsi, par exemple, la parenthèse peut contenir aussi bien un graphème unique, un morphème ou un mot ; elle peut englober un syntagme, une phrase, un texte dans son entier5. Les signes de ponctuation ont donc un mode transversal d’intégration dans le tissu du discours.

De plus, et c’est là une autre caractéristique originale, les ponctuants interviennent dans toutes les étapes de la constitution du discours (de son émergence) : non seulement ils contribuent, de façon décisive, à la construction syntaxique et sémantique de l’énoncé6 mais ils jouent, de façon plus décisive encore, un rôle majeur dans le modelage des valeurs énonciatives et des lectures possibles du texte. A ce titre, il n’est pas étonnant, lorsque l’on se penche sur les manuscrits d’écrivains, de constater l’extrême mobilité de la ponctuation, mobilité qui permet d’observer le processus de création — et de sélection — des sens possibles7. Les signes de ponctuation — et ce que l’on appelle la « ponctuation » — peuvent donc également se définir comme des composantes essentielles du processus d’écriture.

Comme le suggèrent les quelques pistes esquissées dans cette première étape de notre propos, le champ de la ponctuation ouvre sur de vastes horizons. L’objectif modeste de ce travail est tout simplement de proposer un aperçu des valeurs énonciatives de deux signes de ponctuation qui fonctionnent (presque) de façon similaire : la parenthèse et le tiret double.

Ouvrir une parenthèse — ou tracer un tiret — qu’il faudra refermer, c’est creuser, dans l’énoncé qui en est le cadre, un autre lieu, une scène, un ailleurs discursif. L’opération de décrochement, que dessinent nos deux signes doubles, implique un décalage, un dénivelé ou plutôt une sorte d’épaississement (de dédoublement) du fil de l’énoncé, de double voie, de double voix également !

Cette opération de décrochement provoque toujours une « complication du linéaire », elle implique nécessairement une « ramification du dire ». Sur la plan linguistique, les « instructions de lecture » de notre opération de décrochement peuvent se ramener à :

- premièrement : j’ajoute ce segment et je le désigne comme suppressible

- deuxièmement : je le place sur un autre plan

Sur le plan syntaxique, l’opération de décrochement, c’est-à-dire la « mise entre » parenthèses ou tiret, ne touche que des segments accessoires et donc suppressibles. Mais l’opération de décrochement — celle, justement, du « j’ajoute » — n’est pas une opération syntaxique, c’est une opération énonciative grâce à laquelle le sujet écrivant structure son discours. Pour nous, l’opération de décrochement est un outil (typo)graphique d’une finesse extrême pour observer le sujet écrivant dans son texte. Nous proposons ici d’observer cet investissement du sujet écrivant grâce au décrochement de deux catégories de mots : l’adjectif et l’adverbe.

Sur le plan syntaxique, l’opération de décrochement fonctionne selon deux dynamiques distinctes. Soit elle insère « de l’étranger » (interjections, phrases complètes, chiffres), soit elle extrait « de l’homogène », c’est-à-dire des éléments qui font partie de la structure syntaxique de la phrase insérante : circonstancielles, adjectifs, adverbes. Syntaxiquement, on observe là deux mécanismes : celui de l’insertion (d’éléments hétérogènes) et celui de l’extraction de segments syntaxiquement homogènes à la phrase insérante. L’adjectif et l’adverbe relèvent évidemment tous les deux de l’extraction et chacun obéit à une structuration syntaxique particulière.

Le décrochement d’un adjectif peut se faire aussi bien quand celui-ci est antéposé au nom (Ex-1, Ex-2, Ex-3) que lorsqu’il intervient après le nom (Ex-4, Ex-5) :

Ex-1
Voyage au bout de la nuit traduit en hébreu et publié en Israël : l’antisémite qu’était Céline aurait certainement goûté le (petit) scandale suscité.

Ex-2
Cette traversée du siècle est un exercice de style parodique entre (fausses) vérités et (vrais) mensonges, en comparaison duquel certains recueils sonneront creux.

Ex-3
Il ne s’agit pas de faire un tableau groupes par groupes : il faut, en bon aristotélicien, débusquer le (premier ?) moteur de cette dynamique, et notamment la monétarisation.

Ex-4
De quoi s’agit-il ? De l’histoire - mouvementée - d’un groupe de rock - imaginaire - qui répond au doux nom de « The Spinal Tap » (littéralement, « ponction lombaire »), filmé à la façon d’un documentaire.

Ex-5
Son humour pince-sans-rire et sa manière (naïve ?) de militer pour l’amour « vrai », le plaisir «beau» lui donne une aura particulière.

L’espace décroché peut évidemment contenir plusieurs adjectifs :

Ex-6
Le langage n’est plus tellement ce signe — plus ou moins lointain, ressemblant et arbitraire — auquel la Logique de Port-Royal proposait comme modèle immédiat et évident le portrait d’un homme ou une carte de géographie.

Seul ou «en grappe», avant ou après le nom, l’adjectif est bien un candidat privilégié de l’extraction, et, sur le plan énonciatif, cette extraction produit incontestablement un effet de soulignement.

Il nous semble que, sur le plan énonciatif, l’enjeu de l’extraction est double : à la fois l’extraction souligne l’« accessoirité » syntaxique des éléments qu’elle touche (fragilité), mais en même temps, elle met leur présence en valeur (poids). En effet, l’extraction permet, du moins à nos yeux, un balancement subtil et ramassé entre la suppressibilité syntaxique, exhibée par les signes doubles de la parenthèse et du tiret, et la valeur du contenu sémantique des éléments extraits. Faisant subir une extraction à un adjectif, le sujet écrivant pourrait sans doute la paraphraser comme ceci : « cet adjectif aurait pu ne pas être là, et je souligne cette fragilité grâce aux parenthèses et au tiret double ; mais je le conserve, et c’est, précisément, cette volonté de le sauvegarder et de lui rendre tout leur poids que les signes doublent mettent en scène ». « Ce que j’extrais, c’est un tout petit mot auquel je tiens. Du coup, ce qui est mis en valeur, c’est le contenu sémantique des adjectifs, un contenu qui apparaît comme un des « points saillants », voire polémiques, serti par les signes doubles, de l’énoncé.

Ici, sur un mode drolatique, on insiste sur un problème de taille : le registre plus que familier, souvent vulgaire sur lequel s’expriment certains animateurs à l’antenne de Fun Radio :

Ex-7
Ils forment un tandem étrange, qui délie la langue (verte) des garçons et fait tourner la tête des filles.

Là, pour ainsi dire, on « met le doigt » sur un point sensible, on « remue le couteau dans la plaie » (par où parfois, n’étant plus la chair vivante des textes, les formes s’échappent) de l’analyse du discours :

Ex-8
L’objectif théorique de cette recherche est l’élaboration d’une méthodologie d’analyse — linguistique — de genres discursifs produits en situation professionnelle.

Ce dernier énoncé illustre parfaitement la dynamique énonciative qui structure l’extraction (en même temps qu’il donne à voir l’un des multiples champ de bataille linguistique). Il oscille visiblement (grâce au tiret double) entre la présence et l’absence de l’adjectif. On peut illustrer ce mouvement, à la fois contradictoire et insolite, comme ceci :

a - l’élaboration d’une méthodologie d’analyse linguistique de genres discursifs.
b - l’élaboration d’une méthodologie d’analyse de genres discursifs.
c - l’élaboration d’une méthodologie d’analyse - linguistique - de genres discursifs.

Ainsi, tout énoncé « à extraction » oscille entre « a » et « b ». En effet, tout énoncé dans lequel s’opère un décrochement-extraction apparaît comme tiraillé entre la présence et l’absence ; il devient le théâtre sur la scène duquel on peut observer ce déchirement, et, pour finir, ce choix de garder ce « petit mot auquel je tiens » par dessus tout, et que j’habite peut-être plus que les autres. On peut ajouter, pour finir, que la « valeur » énonciative de l’extraction des adjectifs varie en fonction de leur fonction dans la phrase. Si l’adjectif décroché constitue une apposition (ou une épithète détachée) alors l’extraction confirme la dynamique de la phrase ; en revanche, si l’extraction touche un adjectif épithète, alors elle décroche et singularise un adjectif fortement lié au nom auquel il se rapporte.

Au même titre que toutes les expansions, les adverbes, sont des candidats privilégiés de l’opération de décrochement. A ce titre, comme nous allons le voir, ils partagent, avec la classe des adjectifs, une même dynamique énonciative.

L’extraction des adverbes concerne aussi bien les adverbes extra-prédicatifs, c’est-à-dire, les adverbes rattachés au groupe sujet-verbe (suppressibles et mobiles dans l’énoncé) que les adverbes intra-prédicatifs, c’est-à-dire rattachés strictement au verbe (suppressibles mais non mobiles). C’est sur le critère de la mobilité que nous avons appréhendé les enjeux énonciatifs de l’extraction des adverbes.

L’extraction de l’adverbe de phrase (lequel est beaucoup plus autonome que l’adverbe de prédicat) engendre une complication, un dédoublement encore plus net du contenu informatif véhiculé dans la phrase.

Dans un énoncé tel que :

Ex-9
La route monte — insensiblement — vers le village.

le sujet écrivant pose en fait deux prédicats. En effet, au premier prédicat — « la route monte vers le village » — s’en ajoute un second — « la route monte insensiblement ». Et cet autre prédicat, parfaitement distinct du premier, correspond précisément à notre opération d’ajout. Au coeur de la dynamique énonciative de l’extraction, c’est lui qui « incarne » la ramification du dire : il intervient comme un rameau, comme une poussée sensible et affective du sujet écrivant.

Ce prolongement affectif du dire a d’autant plus de valeur que — au même titre que l’adjectif — l’adverbe qui en fait l’objet oscille lui aussi entre la présence et l’absence. Ainsi, dans l’exemple suivant, c’est ce balancement que l’extraction met en scène :

Ex-10
Le reste du voyage ressemble — paradoxalement — à ce qu’ils n’avaient jamais vécu : un périple triste et désabusé.

Ici encore, l’énoncé Ex-10 joue sur le fil ténu qui départit la présence (a) de l’absence (b). Entre ces deux pôles, il balance, de façon indécidable (c). Cependant, d’une certaine manière, X est plus présent dans la structure (c), du fait même que son absence possible est signalée :

Ex-10-a
Le reste du voyage ressemble paradoxalement à ce qu’ils n’avaient jamais vécu : un périple triste et désabusé.

Ex-10-b
Le reste du voyage ressemble à ce qu’ils n’avaient jamais vécu : un périple triste et désabusé.

Ex-10-c
Le reste du voyage ressemble — paradoxalement — à ce qu’ils n’avaient jamais vécu : un périple triste et désabusé.

Pour ce qui est de adverbes intra-prédicatifs, on peut noter, avec Pierre Le Goffic, que ce type d’adverbe est « facultatif et accessoire du point de vue syntaxique, [mais qu’il] joue un rôle sémantique de premier plan : rhématique, il a vocation à porter l’information primordiale8 ». La mise en valeur de l’adverbe par la parenthèse ou le tiret double permet de souligner, comme par un effet de redondance, le statut rhématique de l’adverbe.

En même temps, ici encore, nos signes marquent — sur le fil — une rupture d’ordre énonciatif : alors même que l’adverbe et le verbe sont, syntaxiquement, très soudés, on les désolidarise par le biais de l’extraction. Là où la syntaxe, en profondeur, soude les éléments entre eux (l’adverbe de prédicat est rattaché au verbe), la ponctuation, qui suit un mouvement subjectif, rompt, dédouble, complexifie la linéarité langagière. Ce mécanisme de mise en relief, qui passe par la « désolidarisation » des éléments syntaxiquement dépendants constitue une sorte de « sertissage ». Singularisés et rehaussés par la parenthèse et le tiret double les expansions acquièrent une dimension affective originale :

Ex-11
Grasses matinées pour récupérer, après midi « pour les enfants », les Rita Mitsouko composent (surtout) le soir, quand le scotch commence à faire son effet.

Ex-12
J’ai l’impression que l’émission « Les brûlures de l’Histoire » existe depuis des années. C’est (presque) toujours passionnant, instructif, c’est la télé qui explique, qui fait comprendre, qui donne l’impression qu’on est plus intelligent avant qu’après.

L’extraction des adverbes en structure de couplage : un dire « du bout des lèvres »

La dernière catégorie d’adverbe décrochés est représentée par des adverbes couplés à d’autres adverbes. Ce couplage d’un nouvel adverbe permet de « nuancer le propos » (ici, le terme « nuance » n’est pas à prendre au sens d’« atténuer », mais plutôt d’« ajuster », de « régler9 »). Toutefois, ce réglage se fait sur un mode paradoxal : l’adverbe « surtout » sert l’expression du degré (de plus), en quelque sorte il « augmente le volume » en même temps qu’il est singularisé par le décrochement (il s’agit d’un adverbe intra-prédicatif). A l’abri du décrochement, le sujet écrivant franchit un degré de plus, ce qui correspond, une fois encore, à une forme subjective de ramification du dire. Cette structure constitue sans doute une illustration linguistique de l’expression « du bout des lèvres ».

Ex-13
Nagui a remis ça lundi en inaugurant son Appel de la couette pour un public énamouré de son animateur, même en pyjama, même — et surtout — en chaussettes (il faut se méfier des gens qui conservent leurs chaussettes pour vous recevoir dans leur lit).

Ex-14
L’amateur de fictions réalistes ne peut être que déconcerté, voire irrité, par ce livre qui se moque sereinement de la vraisemblance, de l’ordre chronologique, du suspense, et même (surtout ?) de l’art du roman.

Ex-15
Et oui, le MINITEL, ça sert aussi (surtout ?) à ça...

Ex-16
Mais on peut aussi (surtout ! ) lire Puerto escondido comme un récit plus intérieur.

En tant que signes doubles, et parmi d’autres valeurs possibles syntaxiques et sémantiques, la parenthèse et le tiret font office de présentateur graphique, et d’écrin énonciatif. Ces signes doubles permettent de « sertir » et d’extraire des accessoires (syntaxiques) qui ont pourtant, sur le plan énonciatif, un rôle de premier ordre. L’extraction nous apparaît donc comme une des modalités majeures de l’opération de décrochement. En soulignant une forme de singularité énonciative de l’adjectif et de l’adverbe, l’extraction, c’est-à-dire ici la « mise entre » parenthèses ou tirets fait en effet ressortir une double hiérarchisation : celle de la syntaxe — qui définit les éléments accessoires comme des satellites —, et celle de l’énonciation — qui, comme nous venons de le voir, fait saillir les accessoires syntaxiques. Dans ce cas, la phrase s’élabore en obéissant aux règles de la syntaxe, mais en même temps, elle produit une dynamique de soulignement des accessoires, soulignement dont la parenthèse et le tiret double constituent la marque essentielle.

Les adjectifs ou les adverbes, lorsqu’ils sont décrochés, s’accompagnent donc d’un commentaire particulier : « je choisis ce mot, qui pourrait ne pas être là, et je souligne ce choix ». Fondée sur un jeu aigu entre la présence et l’absence, l’opération de décrochement — et, tout particulièrement l’extraction sur laquelle nous venons de nous arrêter dans le détail — doit être définie comme un outil privilégié de la modalisation, c’est-à-dire de l’expression personnelle et affective du sujet (écrivant). Ainsi, l’extraction d’un accessoire syntaxique doit être interprétée comme une forme de soulignement. La « singularité » dont jouit l’élément décroché est souvent lue en termes de « creux » et de « relief » : l’énoncé « à décroché » devient l’espace d’une géographie énonciative, humaine et affective (on pourrait même parler d’une « géographie de l’énoncé », le mot géographie désignant l’étude de tous les types de modalisation dont un énoncé peut être pourvu). En effet, interprétativement, ce mécanisme de saillie — grâce au décrochement — est souvent perçu comme un effet de relief. Ainsi, il y aurait donc, pour les éléments extraits, une position neutre — celle du non décrochement (qui correspond, par exemple, à la configuration Ex-8-a, et Ex-9-a). Dans ce « non-décrochement », les mots se suivent les uns les autres pour former des syntagmes. L’énonciation s’opère dans une (mono-)linéarité plate. A cette neutralité des éléments non décrochés s’opposerait une position saillante (ou marquée), celle du décrochement : pour nous, cette position originale se marque aussi bien par la parenthèse que par le tiret double (nous sommes dans la langue10).

Enfin, il nous semble que — fondamentalement — l’extraction, dans son fonctionnement énonciatif, met en scène la rencontre problématique entre un sujet écrivant et un mot qui n’intervient pas avec la même évidence que les autres. Ce que « j’ajoute », c’est un « tout petit mot auquel je tiens », un mot qui m’apparaît comme un point de rencontre problématique entre le monde — qu’avec des mots je cherche à dire — et ce que je veux en dire. Entre la présence et l’absence, le « mot-décroché » montre, si ce n’est la « dimension d’une perte11 », du moins, l’inquiétude du « ratage ». En tous cas, la figure de l’extraction met en scène la rencontre avec un mot particulier : c’est une forme, non désignée comme telle, de retour sur « un mot dont j’use et qui pourtant m’échappe », un mot que j’habite plus particulièrement.

Notes

1 . Voir, à ce titre, S. Boucheron, Parenthèse et tiret double, étude linguistique de l’opération de décrochement (typo)graphique, Thèse de doctorat, Université de Paris-III Sorbonne Nouvelle, 1996.
2 . A. Martinet, Eléments de linguistique générale, Paris, A. Colin, p. 17-19.
3 . « Qu’on nous permette […] de conserver ce terme décrié — et irremplaçable »,
E. Benveniste, « Les niveaux de l’analyse linguistique », Problèmes de linguistique générale, p. 119-131, p. 123.
4 . Id. ibid., p. 124-125.
5 . Voir également à ce titre, S. Boucheron, « La ponctuation dans la texte : parenthèses, sujets et linéarité dans l’incipit du Palace de Claude Simon », Recherches Linguistiques de Vincennes, 28, 1999, p. 33-40.
6 . Dépourvu de ponctuation, le texte est-il encore lisible ? A ce sujet, voir M. Arrivé, « Ponctuation : grammaire, énonciation », dans G. Maurand dir., Nouvelles recherches en grammaire. Actes du colloque d’Albi, Toulouse, 1988, p. 99-116.
7 . A ce sujet, voir l’article stimulant de J. Peytard, « Les variantes de ponctuation dans le chant premier des Chants de Maldoror (Essai d’analyse exhaustive) », dans La genèse du texte : les modèles linguistiques, Editions du CNRS, 1987, p. 13-71.
8 . P. Le Goffic, Grammaire de la phrase française, Hachette, 1993, p. 457. C’est nous qui soulignons.
9 . Il entre donc dans les mécanismes de reformulation. A ce titre, voir, S. Boucheron, « La langue de l’un et celle de l’autre : l’entre parenthèses comme aire de reformulation », dans Répétition, Altération, Reformulation. Actes du colloque international du GRELIS (sous presse).
10 . Il faut cependant noter que, sur le plan « fantasmatique », les sujets écrivants font des différences (toujours très personnelles, et affectives) entre les parenthèses et les tirets (nous sommes dans le discours). En effet, interprétativement, le tiret double met en valeur les éléments qu’il encadre et leur donne du relief. Comparativement, la parenthèse apparaît souvent comme une forme inverse et comme tirée vers le creux. Fantasmatiquement, le tiret double serait donc plutôt placé du côté du relief alors que la parenthèse pencherait vers le creux. Dans ce sens, nos deux signes doubles (que nous considérons, pour notre part, comme des variantes) seraient les deux chemins inverses que peut parcourir une valeur globale, qui serait de l’ordre du « j’ajoute ». Il va de soi que, si cette instruction de lecture nous semble globalement recevable dans le discours, nous nous refusons à l’établir comme une règle de langue. Ce n’est que tendanciellement que l’on peut observer une forme de dominante interprétative associant du relief au tiret double et du creux à la parenthèse.
11 . J. Authier, « Défaut du dire, dire du défaut : les mots du silence », dans
C. Normand et F. Sitri dir., Du dire et du discours. Hommage à Denise Maldidier, numéro spécial de LINX, Paris X, 1996, p. 25-40, p. 25.

Pour citer cet article :

BOUCHERON Sabine (2014). "PARENTHÈSES ET TIRET DOUBLE :
UNE AUTRE FAÇON D’HABITER LES MOTS".  Revue La Licorne , Numéro 52 (ÉPUISÉ) .

En ligne : http://licorne.edel.univ-poitiers.fr/document5710.php

(consulté le 23/11/2017).

Les auteurs

 
Revue La Licorne - ISSN 0398-9992
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