Récit de vie et rêve de l'écriture authentique

Publié en ligne le 25 mars 2011

Par Bogumil JEWSIEWICKI

La distinction entre récits de vie et mémoires est une variation d'historien sur une proposition d'Émile Benveniste qui établit une différence entre la narration et le discours1. Cette distinction, pourtant fondamentale pour toute analyse des rapports entre l'histoire (en tant que récit du passé qui se donne pour vrai) et l'autobiographie, semble assez peu remarquée de ceux qui font de l'autobiographie leur champ d'investigation. Seul Louis Marin, dans quelques textes qui me semblent de grande valeur, lui donne l'importance qu'elle mérite. Si l'autobiographie est un discours alors que l'histoire est une narration, le terme récit de vie serait contradictoire puisqu'il comporte en lui-même l'opposition entre récit et vie (discours). La narration s'y présente comme discours de l'événement lui-même (en dissimulant les signes d'énonciation), la vérité y apparaît comme adéquation entre le langage et la réalité et rend le passé inévitable, transforme l'acteur en figurant. Dans la mesure où l'identité du qui est, dans la société occidentale, une identité narrative le récit historique, serait l'instrument subtil d'aliénation du sujet2.

The narrative [histoire, récit], with its intent on objectivity, is equivalent to discourse minus discourse's enunciating marks. The traits which enunciate it are effaced and dissimulated. In this way, narrative representation occurs in the text as presentation of the event itself. The event tells itself : a presentation, in representation, which is that of truth understood as adequation between reality and language.

It is a question here of a particular truth, but all the while a necessary one, as Aristotle noted in the Poetics, referring to narrative. It concerns one action, one fact which had its place and moment : I can do nothing in order for that not to have occurred. Such is the truth of the past. Writing emerges as the operation of this adequation. [...]

In contrast to speech (la voix), which always remains in the present, writing would always be in the past, simply because he who speaks on and through written signs is not there to utter them. In the narrative text, the events seem to tell themselves, as if no one were speaking. Narrative writing brings about the simulation of an absence. It produces a semblance of silence : silence of the saying within the said.3

Il me semble exister un large consensus sur le constat que l'histoire en tant que forme spécialisée de la narration du passé, le roman et l'autobiographie (en tant que reconnaissance de l'autonomie du sujet individuel mais aussi en tant que reconnaissance de l'autonomie de l'auteur et du lecteur) s'imposent en Occident4 dès la « révolution culturelle » du romantisme5. La société bourgeoise dont l'identité est produite autour de l'idée de nation historique6 où la légitimité politique est affirmée par l'invention du peuple7 – un autre, collectif, a-historique et à ce titre siège de souveraineté – amplifie la tension entre la narration et le discours en leur attribuant des caractéristiques opposées : écrit/oral, scientifique/émotionnel, etc. Nous devons à cette tension l'impératif du pacte entre l'auteur et le lecteur, nécessaire à partir du moment où l'un et l'autre sont perçus comme individus autonomes, distincts du ou des groupes où s'enracine pourtant leur identité. Notons le caractère référent de ce pacte qui renvoie (comme le fait l'historien) à deux potentialités, extérieures au texte toutes les deux : à l'autorité et à la possibilité implicite de vérification. L'archéologie du pacte autobiographique est donc à chercher dans l'épistémè du XIXe siècle occidental, celle de la société bourgeoise8. Si le récit de vie s'enracine dans cette épistémè qui demeure encore la nôtre (elle s'est mondialisée au XXe siècle), il est alors possible de comprendre pourquoi cette forme de mise en valeur de soi touche si inégalement diverses classes sociales, diverses sociétés et en leur sein l'un et l'autre sexe. Pour dire ou écrire son récit de vie, il faut non seulement accorder à son auditeur ou lecteur l'autonomie à titre d'acteur, il faut aussi avoir été à l'école de la narration telle que Marin l'a décrite.

Certes, « aucun groupe n'est amnésique. Se souvenir, pour lui, c'est exister ; perdre la mémoire, c'est disparaître »9, puisque l'existence sociale est indissociable du souvenir. Le mythe (histoire dont les origines sont la préoccupation première10) est un trait universel de toute société humaine ; il n'en est pas de même du récit de vie.

Arrêtons-nous un instant sur la notion de mémoire. Il ne s'agit point de l'analyser, tache qui dépasse autant mes compétences que les objectifs de cet article. Il s'agit seulement ici d'attirer l'attention sur le lien entre le travail de la mémoire et le langage dans la constitution du code sémantique du souvenir. Si la mémoire est une bibliothèque, le langage équivaut ici à la capacité de lecture.

…the nature of the elements buried in the past of memory are of a different nature from the belated representations that they may engender. As archeological fragments they will always remain distinct and discontinuous from their perceptual or linguistic reconstructions. Even if one were to assume that the archeological fragments buried in the past are themselves nothing but representations, the order of what lies ruined in memory is different from the order of later reconstructions. The identities and continuities generated by the repetitive mechanism of recollection, reconstruction, or re-presentation, in fact, hide an unresolvable difference between the elements buried in the past of memory and their belated rememoration in the present of representation.

The psychoanalytical unconscious is as much the space in which the fragments of memory lie as it is the product of a memory which does not offer itself immediately to perception, and which, literally, ruins the objects that come to inhabit it or the representations that inhabit it. Memory is not a simple past that can be willed to presence, nor are its objects ordinary objects perceptually identifiable. They need to be reconstructed to become objects of ordinary perception ; they will then, and only then, exist as linguistic or pictorial representations.11

Après une crise de l'anthropologie de l'autre12 mise au banc des accusés pour complicité avec la colonisation, avec la domination de classe, etc., l'anthropologie revient en force en tant que discipline historique de l'autre (un miroir de soi mais aussi un miroir de nous) ; autre dans le passé mais aussi autre dans le présent. Certes, elle n'est plus une discipline de science humaine mais la discipline de l'homme13. L'auteur d'un méta(?)-récit de vie est pris aujourd'hui, à tort ou à raison, pour un Monsieur Jourdain de l'anthropologie, anthropologue de soi-même. Il n'échappe pas à la question qu'on pose à l'anthropologue : l'autre, celui qu'il nous narre, est-il réel ou construit ? À quoi François Roustang répond : « faire de l'autre, vouloir faire de l'autre est une expression contradictoire parce qu'elle paraît en un premier temps ne pouvoir conduire qu'à un objet, qui par définition restera objet, et donc pas autre. Mais faire de l'autre aussi la possibilité et le risque que cette naissance voulue, donc reproduction du même, soit l'occasion pour cet objet de prendre ses distances et de se mouvoir selon ses lois à lui »14.

L'anthropologie intervient donc comme limite, peut-être même comme rêve, de l'écriture authentique. Pris comme projet culturel, l'anthropologie et le récit de vie ne seraient alors qu'une même exploration, un même espoir d'une relation authentique à l'autre. Claude Lévi-Strauss semble le confirmer quand il se demande : « L'ethnologue écrit-il autre chose que des Confessions ? »15 ; cette question prend racine dans son affirmation de 1958 : « L'anthropologie étudie les sociétés authentiques »16. Du « sauvage »17 à moi-même, le rêve du rapport et de l'écriture authentiques cherche son passage à l'acte. En Occident, il passe aujourd'hui par le texte, par l'anthropologie, alors que Marx pensait pouvoir abolir l'aliénation par les forces conjuguées de la loi naturelle, du progrès matériel et de la rupture révolutionnaire18.

L'anthropologie pourrait donc avoir été en Occident la psychanalyse de soi, avant la lettre. L'Occident avait d'abord inventé19 le « sauvage » en guise de divan, pour être brutalement réveillé par celui qui dans son effort d'être authentiquement autre ne nous laisse que le « miroir d'encre »20 : la page blanche que l'autobiographe s'apprête à noircir de sa plume ou de sa voix, espace où l'autre parle d'un lui qui ne serait que nous-mêmes. L'anthropologie et l'autobiographie, dans la mesure où elles constituent les extrémités opposées d'une même recherche de la connaissance authentique s'opposeraient alors, dans l'épistémè du XIXe siècle, à l'histoire mais aussi au roman21 :

It has often been argued by historians that an intimate relationship exists between the novel and history. At no time does this seem more evident than in the nineteenth century, when both the novel and history are considered by most historians to be at the most dominant, prestigious stage of their “development”, to have fulIy realized the potentiality of their respective forms. The nineteenth century or “classical” novel is usually accepted as the norm, the example of what the form and the essence of the novel are or shouId be – assuming that the novel posseses a form and an essence – just as the prevalent idea of what history is or should be is largely a nineteenth century concept. Whether the novel modeled itself after history or history after the novel is perhaps an unanswerable question and of less importance than the fact that they share basically the same assumptions and assume more or less the same form : that of a closed, teleological universe. The subject is clearly indicated as the vital force of history and the novel in this period, the origin of its own life and actions, a unity (smalieor large) whose “life” is the matter of history and the novel. The “life” of this subject is assumed to be a continuous temporal process, wlth a definite beginning and end ; and the récit which narrates this “life” is necessarily one which attempts to be as continuous and uninterrupted as history or life itself is assumed to be.22

Et pourtant, « la cohérence historique exige […]23 diverses stratégies que j'ai décrites au préalable comme stratégies de condensation, de déplacement et de substitution. On aura reconnu ce que Freud désignait comme le travail du rêve »24.

The loss of tradition and the reliability of memory are central preoccupations of the modernist sensibility. These concerns have been so important in part because of the elevated claims for the “historical” during the last century. lndeed one of that century's chief legacies, the historiographical dream of telling things as “they really were”, lingers on in the present. Thus it is no coincidence that psychoanalysis has also been haunted by the same dream of historical objectivity. Freud was certainly no stranger to the positivist spirit and the possibilities of what might be called a science of memory.25

La boucle semble donc bouclée ; nous sommes encore désespérément au sein de l'épistémè du XIXe siècle. La promesse de la nouvelle histoire de Michel Foucault tout comme celle de rupture épistémologique de Louis Althusser sont loin de s'être accomplies. Et pourtant le « miroir d'encre » où le lecteur cherche autant le visage authentique de l'auteur que celui de soi-même, où il espère surprendre un dialogue authentique, n'est peut-être pas seulement un mirage.

“... whereas most literary works, including biographies, begin on the model of something else : that is, in keeping with a context, a past known to a group of persons with whom the reader may identify, the autobiographical entreprise begins by talking distance from everything : it elaborates its own model…”26

L'anthropologie du souvenir, pour éviter le piège de la mémoire-objet, part du souvenir comme travail de la mémoire ; travail impossible sans le support du langage, donc sans le discours et sans la narration. Pris ainsi, le souvenir pourrait être décrit à l'instar de cette définition de la mimesis comme processus qui déplace notre attention, du contenu (événements de la mémoire) vers le travail de remémoration, « dans le dessein d'y retrouver la dialectique du passé et du futur et leur échange dans le présent »27. Il y a un rapport direct entre ce que Ricœur appelle « espace d'expérience » (il définit cette notion dans les termes de Reinhart KoselIeck, comme le passé présent dont les événements ont été incorporés et peuvent être rendus au souvenir) et ma définition du souvenir. Saint-Augustin déjà, beaucoup plus généreux et plus lucide que les historiens du XIXe siècle, affirmait que « Ainsi l'humanité toujours fidèle au souvenir de sa nature et de son origine, persévère dans cette imitation de la divinité »28 (citant d'ailleurs Hermes Trismegiste, ce qui nous renvoie à l'Égypte et peut-être même à ses origines nègres)29.

L'anthropologie du souvenir est donc l'histoire du travail par lequel l'homme en tant qu'acteur social se prend pour sujet de soi-même puisque « sujet » c'est la fiction qui voudrait faire croire que plusieurs états similaires sont chez nous l'effet d'un même substratum : mais c'est nous qui avions créé l'« analogie » entre ces différents états30. C'est un acteur qui explore son souvenir, ce dernier est toujours pour lui un « pays étranger »31, la terre d'un autre et miroir de soi32.

L'anthropologie du souvenir, c'est aussi une historiographie des mémoires qui doit être située par rapport à l'histoire des rapports entre les discours et les récits historiques. Elle ne peut pas ignorer l'hostilité de J.-L. Borges ou de P. Valéry envers le récit historique qui n'est pas nécessairement incompatible avec la tache de présenter à la société une « mémoire » discriminante qu'assigne à l'historien M. Kammen33. En effet, J.-L. Borges34 insiste sur l'incertitude de l'histoire ; alors que P. Valéry35 s'élève contre la mise en forme chronologique et narrative qui fait que l'histoire trahit la vie qu'elle réduit, au mieux, en résumé.

R. Escarpit36 me semble avoir trouvé, il y a presque vingt-ans, la formule qu'il nous faut redécouvrir une « histoire de l'homme en société sous l'aspect de son dialogue [...] avec ses contemporains… ». On peut ainsi admettre que la discontinuité de la mémoire rencontre la continuité du récit historique sans qu'il soit nécessaire de réduire l'un dans l'autre. Certes, Croce37 a raison « Seule une préoccupation de la vie présente peut nous pousser à faire des recherches sur un fait du passé ». Dans la mesure où ces recherches se font autant en fouillant les mémoires des personnes qu'en explorant les archives des institutions, il faut admettre un dialogue entre la discontinuité et la continuité38 du passé, entre le discours et le récit, entre les temps courts d'une vie et les temps longs d'une logique sociale. Tradition et mémoire sont histoire mais ne s'y réduisent pas et l'histoire, si présente qu'elle soit dans la tradition et dans la mémoire, n'est jamais leur somme39.

Notes

1 E. Benveniste, Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard, 1966. Voir aussi D. Bertrand, « Narrativité et discursivité : points de repère et problématiques » Actes sémiotiques. Document : EHESS, 59 (1984) : 5-38.
2 « Bodies and signs in autobiography : Stendhal's, Life of Henry Brulard (Chapters 11, III and XXXIX) », MLN, 99 (1984) 885-902 et « The autobiographical interruption : about Stendhal's, Life of Henry Brulard », MLN, 93 (1978) : 597-617. La distinction qu'introduit Benveniste est analysé par Genette et Derrida dans les travaux que je cite dans ma contribution. Il me paraît important de la considérer à la lumière du chapitre « Vers une herméneutique de la conscience historique » de P. Ricœur, Le temps raconté, vol. 3 de Temps et récit, Paris, Le Seuil, 1985 : 300-346. Voir aussi H. Arendt, The Human Condition, Chicago, University of Chicago Press, 1958.
3 L. Marin, « Autobiographical interruption »... : 599.
4 E. Vance, « Augustine's Confessions and the grammar of selfhood », Genre, 6 (1973) : 11-13 : « Le moi comme langage : Saint Augustin et l'autobiographie », Poétique, 14 (1973) : 163-177 ; D. Carrol, « The subject of archeology or the sovereignty of the episteme », MLN, 93 (1978) : 695-722 ; F. Ferruci, « Italian romanticism : myth vs history », MLN, 98 (1983) : 111-117 et Ch. Salvesen, The Landscape of Memory : A Study of Wordsworth’s Poetry. London, Arnold, 1965 : 172-73.
5 L'expression est la mienne mais c'est le sens des propos de Jacques Le Goff lors de sa conférence « Pluralisme linguistique dans l'Occident médiéval », Université Laval, Québec, 5 mai 1986 et de Morse Peckham, The Triumph of Romanticism, Columbia, University of South Carolina Press, 1970 : 46, qui insiste sur le fait que l'histoire pénètre alors partout. L'Occident a d'ailleurs « exporté » le rapport intime entre l'histoire et l'identité des sociétés nationales. R.G. Echevarria, “Cien años de soledad : The novel as myth and archive », MLN, 99 (1984) : 359, constate : « Latin American history is to the Latin American narrative what the epic themes are to Spanish Literature : a constant whose mode of appearance vary, but which is rarely omitted ». Il n'en est pas autrement en Afrique ou en Asie où l'histoire écrite est surtout nationale.
6 Voir B. Anderson, Imagined Communities. Reflexions on the Origin and Spread of Nationalism, London : Verso, 1983, dont la réception en Grande Bretagne n'est pas moins frappante que le livre lui-même basé sur l'expérience de recherche en Indonésie.
7 Voir G. Bollème, Le peuple par écrit, Paris, Le Seuil, 1986.
8 Il nous faudrait à ce propos relire simultanément Marx et Freud, comme le fait Michel Foucault, en les considérant à la fois comme produits intellectuels du XIXe et comme ouverture vers l'autre épistémè. Cette attitude me semble relever plutôt de la dialectique que de la simple contradiction.
9 Ch.-O. Carbonell, L’historiographie, Paris, PUF., 1981 : 5.
10 R.G. Echevarria, op. cit. : 359. Il s'interroge « Is it at all possible in the modern post-oral period to create myths ? » (359-60). Voir aussi H. Guttman, « Whatever happened to history ? », The Nation, 21 novembre 1981 : 521 et 553-54. Je continue cette réflexion dans mon chapitre.
11 E. Donato, « The ruins of memory : archeological fragments and textual artefacts », MLN, 93 (1978) : 576.
12 J. Fabian, Time and the Other. How Anthropology Makes its Object. New York, Columbia University Press, 1983 comme exemple de travaux récents. On peut citer aussi M. Borie, « Théâtre et anthropologie : l'usage de l'autre culture », Degrés, 32 (1982) : 6-68.
13 F. Dumont, L'anthropologie en l’absence de l'homme, Paris, PUF, 1981 G. Balandier, Le détour, Paris, Fayard, 1986 et la nouvelle revue History and Anthropology, sous la direction de F. Hartog, L. Valensi et N. Wachtel en sont des exemples tout comme la « distinguished lecture » de M. Sahlins à la conférence annuelle de 1982 de l'American Anthropological Association : « Other times, other customs : the anthropology of history ». American Anthropologist, 85 (1983) : 517-544. Ou encore le numéro 1, 21 (1985) des Cahiers ORSTOM, « Anthropologie et Histoire ». Il n'est pas inutile de rappeler ici Hayden White qui affirme que l'histoire, quant à elle, est autant une familiarisation avec le non-familier qu'une défamiliarisation du familier Tropics of Discourse, The Johns Hopkins University Press, 1978.
14 F. Roustang, « L'efficace de la psychanalyse », MLN, 97 (198) : 781.
15 Anthropologie structurale deux. Paris, Plon, 1973 : 51.
16 Anthropologie structurale, Paris, Plon, [1958] 1974 : 400.
17 Voir J.-L. Amselle (éd.), Le sauvage à la mode. Paris, Le Sycomore, 1979.
18 Quant à la possibilité de construire un rapport authentique par le détour anthropologique les sceptiques sont nombreux, au point de provoquer la colère du maître qui s'élève contre le « nouvel obscurantisme » : cf. C. Lévi-Strauss, Séminaire sur l’identité, Paris, Grasset, 1977, Introduction. François Hartog, Le miroir d'Hérodote. Essai sur la représentation de l’autre, Paris, Gallimard, 1980 : 225 parle de la « rhétorique de l'altérité » qui fait « inscrire le monde raconté dans le monde où l'on raconte » alors que Georges Defaux « Un cannibale en haut de chausses : Montagne, la différence et la logique de l’identité », MLN, 97 (1982) : 956 affirme : « Les contraintes narratives, celles du code et de la tradition culturelle, interdisent au sujet toute forme de lecture et d'interprétation authentique » ; ou encore J. M. Blanchard : « On cannibalism and autobiography » : MLN 93 (1978) : 666 « as one discovers that which already exists, mistaking it for what it is not, because one does not have the proper lexicon to decipher it ». Il peut être utile de signaler en passant qu'il semble s'agir surtout d'une « spécialité » française, comme dans le cas de l'histoire des mentalités. R. Darnton, The Greet Cat Massacre and Other Episodes in French Cultural History, New York, Basic Books, 1984 : Introduction.
19 Je dois le concept d'invention à V.Y. Mudimbe, l'intellectuel (écrivain, linguiste, philosophe) dont il est difficile de citer en entier l'œuvre très originale ; B. Mouralis la présente très bien : « Mudimbe et le savoir ethnologique », L'Afrique littéraire et artistique, 59 (1981) ; 112-125 et « V.Y. Mudimba et l'odeur du pouvoir », Politique africaine, 13 (1984). Je voudrais seulement rappeler une analyse postérieure aux articles de Mouralis : « African gnosis : philosophy and the order of knowledge », African Studies Review, 28 (1985)149-233.
20 M. Beaujour, Miroirs d'encre, Paris, le Seuil 1979. Seulement dans ce contexte le « Miroir d'encre » de J.-L. Borges in L’histoire de l’infamie, l’histoire de l’éternité, Paris, UGE, 1976 prend toute sa signification.
21 L'annonce de la fin de l'autobiographie suit celle du roman et de l'écriture tout court : J.G. Kennedy, « Roland Barthes, autobiography and the end of writing », The Georgia Review 35 (1981) : 26-35 et P. J. Jay, « Being in the text. Autobiography and the problem of the subject », MLN, 97(1982) : 1045-1063.
22 D. Carrol, op. cit. : 695.
23 L'auteur parle de la signature interrompue (?) de Robespierre au bas de l'appel à la section des Piques du 9 Thermidor.
24 M. H. Huet, « La signature de l'histoire », MLN, 100 (1985) : 726.
25 R. King, « Memory and phantasy », MLN, 98 (1983) : 1191.
26 J. M. Blanchard, op. cit. : 655.
27 P. Ricœur, op. cit. 300. J. D. Lyons et S. G. Nichols Jr. (eds.), Mimesis : From Mirror to Method, Augustine to Descartes, Hanover University Press of New England, 1982, « Introduction » : 1 : « does not emphasise the independent existence of the object represented, but rather focuses on the gesture of the person or subject who undertakes to displace our attention from the world of pre-existent object to the work itself ».
28 La cité de Dieu, Paris, Garnier, 1946, trad. J. Perret, Livre VIII, chap. 23, t. 2 : 265. Voir J. G. A. Pocock, « The origins of the study of the past : a comparative approach », Comparative Studies : in Society and History, 4 (1962) : 209-246.
29 C'est une allusion à l'hypothèse des origines nègres de l'Égypte pharaonique formulée par Cheikh Anta Diop. Nations nègres et culture. Paris, Éditions africaines, 1955 et Civilisation et barbarie, Paris, Présence africaine, 1981.
30 F. Nietzsche, La volonté de puissance, Paris, Mercure de France, 1938, t. 2 : 29.
31 D. Lowenthal, The Past is a Foreign Country, New York, Cambridge University Press, 1985.
32 Il ne peut pourtant le faire sans la présence de cet autre qui est son lecteur ou son auditeur puisque l'autobiographie est un acte de communication, voir F. Jacques, « Communication et ex-communication. Discours et société », Degrés, 33 (1983), a-a15 et surtout dans le même numéro L. Marin, « La voix ex-communiée du texte autobiographique », g-g11.
33 « Vanitas and the historian's vocation », Reviews in American History, 10 (1982) : 19-20. Il faut lire ce texte par rapport à J. Piaget et B. Inhelder, Memory and Intelligence. London, Routledge and Kegan, 1973.
34 « Thlön, Ugbar, Orbis Tertius », in Fictions, Paris, Gallimard, 1954 : 48. Dans « Pierre Ménard, auteur du Quichotte » Id. : 76, il définit l'histoire comme : « ce que nous pensons qui s'est passé ».
35 « Propos me concernant » dans P. Berne-Joffroy. Présence de Valéry, Paris, Plon, 1944.
36 « Histoire de l'histoire de la littérature », R. Queneau (éd.), Histoire des littératures, Paris, Gallimard, 1958 (« Encyclopédie de la Pléiade ») : 1800.
37 Theoria e storia della storiografia, Genève, Droz, 1968 : 14. D. Lowenthal, op. cit. 212 dit de l'histoire : « Unlike memory, history is not given but contingent ».
38 Voir l'excellente mise au point de H.-C. Ruprecht, « Savoir et littérature : doxa historique/épistémè sémiotique ». Degrés, 39-40 (1984) : m-m 12 ; et également A. Wilden Système et structure, Montréal, Boréal Express [1972] 1983. Il y a évidemment aussi d'autres conditions de ce dialogue. Voir R. C. Turner « The reader's knowledge as the limits of history : teaching the uses of history », The Journal of the Midwest Modern Language Association, 17 (1984) ; voir aussi la (re)connaissance de la mémoire, de la faculté individuelle du souvenir non pas en tant que producteur du fait historique (c'est de l'assassinat de cette faculté que C. L. Julliot, L'éducation de la mémoire, Paris, 1919 : 33 accusait écrivains, imprimeurs, etc. et c'est contre la réduction de la mémoire au fait que s'élevait P. Valéry) mais en tant que faculté de produire un discours historique.
39 Voir sur ce point l'avertissement de J. White, « Beyond autobiography » dans R. Samuel (éd.) People's History and Socialist Theory, London, Routledge and Kegan, 1981 : 33-41. G. Leff, History end Social Theory. New York, Doubleday, 1971 : 115 considère que les groupes (je dirais plutôt les institutions) se définissent à travers l'histoire alors que les individus le font à travers la mémoire ; mais les derniers ne peuvent se permettre d'ignorer les premiers, donc l'histoire.

Pour citer cet article :

JEWSIEWICKI Bogumil (2011). "Récit de vie et rêve de l'écriture authentique".  Revue La Licorne , Numéro 14 (ÉPUISÉ) .

En ligne : http://licorne.edel.univ-poitiers.fr/document5133.php

(consulté le 22/11/2017).

Les auteurs

 
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