L’identité Tifinar’ *

Propos recueillis par Gérard Dessons, avril 1987

Publié en ligne le 10 janvier 2011

Par HAWAD/DESSONS

Gérard Dessons : Quel est le sens des inscriptions rupestres en tifinar’1, qui sont des discours en première personne, et qui commencent souvent par nek : « moi » ? Qui parle ?

Hawad : Un Touareg, avant de commencer à écrire quelque chose adressé à la communauté signe d’abord « moi », « c’est moi » : il se présente. Tout ce qu’on voit dans le désert, ce sont des sortes de petits testaments, de petits messages destinés à d’autres voyageurs. C’est aussi en rapport avec le passé : si par exemple un Touareg quitte sa tribu pour une autre, il laisse à la frontière un message, qui est son nom. Quand il a quitté l’espace de sa tribu, il en épouse un autre. C’est à la lisière de ces deux espaces qu’il va laisser ce message « passé tel jour », « c’est moi, un tel… ».

G. D. : Est-ce qu’on trouve des discours qui relèvent de l’autobiographie ? Est-ce qu’en tifinar’ on raconte sa vie?

H. : On l’écrit, mais par petits passages. Le Touareg laisse des témoignages sur le rocher, souvent près d’un point d’eau ou de frontières, dans des lieux fréquentés. Il parle de la soirée qu’il a passée la veille, si c’est avec une femme ou avec un homme… Ça peut être des choses très intéressantes, ou aussi très vulgaires ; mais il les signe avec son nom. Parfois, certains signent avec le nom d’un autre, pour le bafouer.

G. D. : Tous les Touaregs savent-ils lire et écrire les tifinar’ ?

H. : De toute façon, un Touareg sait écrire l’alphabet tifinar’. Si on voit quelqu’un qui ne sait pas l’écrire, on pense que c’est qu’il n’a pas vécu. La vie, pour nous, les tifinar’ en font partie. Comme diraient les musulmans, c’est « l’écriture de Satan », c’est-à-dire qu’elle correspond à l’entrée dans la vie amoureuse et aussi à une distance avec la morale d’ordre religieux. Pour le musulman, c’est seulement associé à l’amour, aux rapports entre hommes et femmes, à la sexualité. C’est donc l’écriture du diable, du mal. Pour nous, un Touareg qui ne sait pas lire les tifinar', c’est un simplet, quelqu’un qui n’a pas compris. Parce que tout ce qui est nécessaire dans cette société, tout ce qui appartient à la vie d’un adulte émancipé, dépassant les entraves d’une morale religieuse étriquée, est lié à cette écriture ancestrale.

G. D. : Pour en venir à ton travail personnel, que représente pour toi le fait d’utiliser l’alphabet tifinar’ ?

H. : Les tifinar', pour tout enfant Touareg, c’est autour du feu, le soir. Le graphisme, c’est sur le sable, comme un jeu. Le silence. L’enfant de deux à sept ans, qui est seul avec ses camarades, qui s’amuse le soir, qui écrit, qui dessine dans le sable des tifinar’. Au début, il n’y a pour lui que le côté graphique, parce que c’est beau sur le sable, c’est comme les traces des animaux, des lézards. Et je crois que c’est cela qui m’a lancé. Pour moi, les tifinar’ sont un graphisme, un outil, en tant que nomade, c’est le seul outil qui me fixe à la terre : c’est le symbole le plus tangible de mon identité culturelle. Un paysan français, peut-être qu’il se voit dans son champ ou dans sa ferme. Moi, c’est dans l’écriture, en tant que nomade. C’est toujours ce qu’on a cherché d’ailleurs, je crois, dans cette écriture, notre identité. Cette écriture est comme un ancrage pour nous. Elle représente le sable, le désert, mais aussi la résistance qu’on a toujours manifestée contre ce monde qui nous engloutit : les Romains, les Musulmans, les Arabes avec leur écriture sacrée. S’il n’y avait pas de tifinar’, il n’y aurait pas de Touaregs. C’est vraiment une identité. Elle fait partie de nos mythes fondateurs, de notre histoire, de nos cours d’amour, elle fait partie du feu, elle fait partie de ce qui occupe l’enfant. C’est aussi ce qui sépare les jeunes des plus âgés. On peut l’exhiber, l’utiliser comme on veut ; ce que ne font pas les gens d’âge mur qui sont davantage enfermés dans l’oral. Nous, on la manie, on l’utilise comme on veut ; quand on est petit, on en fait un art autour du feu. Quand on est grand, on fait des inscriptions sur les rochers. C’est donc la seule chose qui soit le véritable symbole de l’ancrage, de notre identité. Mais c’est aussi ce qu’il y a de plus intime.

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G. D. : En quoi tes recherches calligraphiques sont-elles redevables à la spatialité des inscriptions tifinar’ ?

H. : Ce que je cherche à fixer sur le papier, c’est, à la manière des fresques rupestres, des paysages. C’est-à-dire comment se présentent les gens, les animaux, les arbres, dans ce cadre de désert. C’est une sorte de recherche entre les fresques des rochers et l’espace, la géographie.

G. D. : Quand tu parles de « paysage », c’est indépendamment du thème traité ?

H. : Indépendamment. Il y a dans la calligraphie des moments où l’écriture elle-même définit un paysage, donc n’a rien à voir avec le sens, ne parle pas, elle devient comme le paysage. La force de cette parole « graphique », même si elle ne décrit pas, est de définir des formes à la manière d’un paysage.
Pour moi, l’écriture, c’est la marche ;   le principe de l’écriture, c’est un voyage, c’est un individu, ou quelque chose, qui se meut dans un espace donné. Il suit le temps, il suit l’espace. Bien sûr, il peut renverser cela, il peut détruire, casser l’espace. Mais toujours il s’agit d’un voyage. Quand j’écris, je définis ces paysages, je les vois, même quand je suis en train d’écrire mon texte, même avant de le terminer, je vois où se déroule le voyage de mon écrit. Il se déroule dans un paysage avec lequel il n’a rien à voir, parce qu’il ne parle pas de cela. La composition de la page propose, par exemple, au moment des repos, quelque chose qui intervient, qui devient une sorte d’accident, un terrain un peu accidenté. C’est comme un arbre qui surgit au fond de l’horizon, qui vient s’intercaler pour vous dévier de votre parcours.
Ma calligraphie est une autre forme de l’écriture, un rythme différent, qui vient complètement traverser votre chemin, qui arrache votre regard, qui le détourne de ce qu’il suit. Ça, on peut l’obtenir par un petit signe, par le travail de la mise en pages. Je ne parle pas de la ponctuation, parce que je ne la sens pas en tant que Touareg, et ça ne me dit pas grand-chose. Mettre une virgule, un point, je ne le sens pas. Moi, c’est un espacement, oui, une illustration qui intervient, ou peut-être une autre forme de l’écriture, brisée un moment, c’est ainsi que je le sens.

G. D. : Tu écris d’abord en écriture cursive et la calligraphie vient après ?

H. : Oui. D’abord en une écriture cursive qui m’est propre, mais qui reste lisible. Je déforme seulement certaines lettres.
Mais avec l’écriture normale, l’écriture touarègue, je n’arrive pas à transmettre tout ce que je veux, et j’en suis venu à la calligraphie. Les mots ne peuvent traduire que tout ce qui est faux, mais une vraie pensée, une pensée primordiale qui s’impose hors jugement, on ne peut pas l’exprimer, sauf par des petits signes que je suggère. J’écris quelque chose d’intermédiaire entre l’ancienne graphie géométrique qui apparaît dans le décor de nombreux objets usuels et qui est la véritable écriture de la pensée touarègue, qui contient sa philosophie, ses vraies valeurs, et les tifinar’ d’aujourd’hui. Quand j’ai écrit un texte, je le regarde, je le mémorise c’est comme une terre, comme l’argile, je le travaille. Ce travail n’est pas fait avec la main, mais par la réécriture du texte et la manière de le concevoir, de l’intérioriser, de le composer, de l’étudier, de, le voir, de le tourner.

G. D. : Est-ce que tes calligraphies sont lisibles par d’autres Touaregs ?

H. : Non ; ni par les Touaregs ni par moi quelquefois. J’oublie le sens du signe, c’est le côté graphique qui l’emporte. Le rapport du graphisme et de l’espace. Ce que je veux créer : une pensée, un état minéral où on est en face des choses. Ce n’est pas mon écriture que je mets en valeur, c’est ce que je veux évoquer. je pense que ce que j’ai dit, tout le monde l’a en soi, mais c’est trouver une autre manière de le dire. Comme un arbre au milieu du désert, ou un rocher au fond de l’horizon ; tout le monde le voit, mais chacun a sa manière de le dire, de le définir. Moi, ça m’angoisse de le définir car je le trahis. S’il reste complètement indéfini, là je peux peut-être m’y retrouver. Écrire, pour moi, c’est une autre manière pour la non-définition de l’indéfinissable. Pour accéder à l’indéfinissable, j’ai besoin de la calligraphie.

G. D. : Est-ce que tu accepterais l’idée que, quand tu fais une calligraphie, tu élabores par le graphisme une manière d’autoportrait ?

H. : Ça dépasse l’autoportrait. Imaginons qu’on se sente joyeux ; on exprime ça par un geste. On ne peut pas dire seulement : « je suis bien », non ? Quand je fais un geste, c’est quand même une distance avec moi-même, c’est quelque chose qui surgit de moi et qui essaie de prendre… C’est un autre moi, qui est en train de se décrire. Comme lorsqu’on marche sur le sable : au bout d’un moment, pour se connaître, se regarder soi-même, on regarde ses traces. Les gens se cherchent ainsi. C’est une autre définition.

G. D. : Cela rejoint tout à fait l’idée que la vie ne préexiste pas à son « écriture », que la vie est toujours au bout du « dire-la-vie », que le statut véritable du biographique ne peut pas relever de la logique de la biographie, qui postule l’antériorité de la vie sur le langage ?

H. : Oui, je trouve que le graphisme est la meilleure chose pour exprimer le biographique, parce que ça rentre en soi. On fait des gestes dans la journée, dont on ne se rend pas compte, et le geste pour moi, c’est vraiment la profondeur du langage. Saisir son geste, c’est se regarder. Je reviens encore sur l’image de l’homme qui regarde son ombre : c’est vraiment l’acte d’une recherche de soi. Pense que dans toutes les cultures, de l’Asie à l’Occident, il est interdit de regarder son ombre celui qui le fait est considéré comme fou.
Dans le temps que je fais ma calligraphie, je suis obligé de sortir complètement de ma propre forme biologique pour me regarder.

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G. D. : Pour rester encore sur ton propre travail, je voudrais te demander si tes textes sont écrits en tenant compte d’un éventuel accompagnement musical, dans l’esprit des poésies improvisées accompagnées à l’enzad (violon monocorde) ?

H. : Pour moi, les idées viennent comme un groupe de personnes dans le désert, qui se dirigent vers moi ; elles ont un rythme, elles ont un sens, elles ont leur pas, ça ressemble au pas du tambour, à ce genre de choses qui arrivent comme cela. Mais quand j’écris, j’ai l’impression que ce que je fais ne peut pas trouver sa place dans une structure musicale, puisque c’est déjà une musique. Par contre, il m’arrive de considérer que certains de mes textes ne sont pas complets, et qu’ils nécessitent d’être accompagnés musicalement.

G. D. : À présent, j’aimerais qu’on aborde le problème de l’identité chez les Touaregs. Quel critère y est-il déterminant : le « caractère », le physique, la fonction, le nom ? Dans son livre Le Corps dans la tradition du Maghreb2. Malek Chebel rapporte cette anecdote d’un fellah déclarant à un photographe que le cliché qu’il venait de prendre de lui ne pourrait pas lui ressembler dans la mesure où on ne lui avait pas demandé d’abord son nom avant de prendre la photo. Si la condition de la ressemblance est la nomination de l'individu, c’est bien que l’identité de la personne est confondue avec l’identité conférée par le groupe.

H. : Chez les Touaregs, ton identité, c’est ton corps, c’est tes pas, ta démarche, c’est ton regard ; ce n’est pas l’identité que t’ont donnée les autres, par exemple en te nommant, à la naissance. Ce nom est vite supplanté par des surnoms qui sont uniques et décrivent les traits de ta personnalité. Bien sûr, tu appartiens à la collectivité touarègue, tu as un statut défini dans la hiérarchie sociale, par exemple, mais cette position est constamment remise en question par le rapport personnel que tu entretiens avec la société. Ta démarche, ton attitude, tes gestes sont ta vraie définition.
Quand un Touareg te regarde, il regarde tes pieds, ton regard ; il te voit de loin, il voit déjà qui tu es, à quelle tribu tu appartiens, de quelle classe tu es, de quelle noblesse, et surtout, au-delà de ces conventions, quelle est ta personnalité vraie. Et tout cela est inscrit dans tes traces.

G. D. : Et de quelle manière intervient la parole dans la recherche et la manifestation de cette identité ?

H. : La première approche d’un Touareg est « froide ». Il n’aime pas regarder les gens en face, pour éviter de les blesser. Son corps reste sur la réserve, qu’il conserve toujours par civilité. Après être resté longtemps le corps dressé, pour les salutations liées aux lois de l’hospitalité, alors intervient la vraie parole. Et là, il faut marquer des points. Tout de suite, chaque fois qu’on peut ; il ne faut pas laisser l’autre avoir barre sur soi, la parole se justifie avec le corps. On raconte qu’un jour un grand chef touareg était à la recherche de bandits d’honneur qui lui avaient volé son troupeau et ses armes. Il les a suivis dans le désert, seul, et, les ayant trouvés endormis, il leur a volé toutes les armes. Mais loin de s’enfuir, il attend leur réveil. L’apercevant, ils l’entourent et appellent en renfort d’autres guerriers en armes. Quand tous sont là, nombreux, ils l’appellent par son nom, mais ne lui font rien, parce qu’aucun homme ne peut le battre sur le plan de la parole. Et chaque guerrier qui descend de sa monture dit « voici un guerrier physique ?-! », ce qui veut dire : voici un corps ?-! Je ne suis pas un guerrier de la parole ?-! Et les bandits ne lui font rien, parce que personne ne peut discuter avec lui, personne ne peut l’affronter, personne ne l’égale en art de la parole.

G. D. : Je voudrais maintenant qu’on revienne à ta poésie, et que tu essaies de la définir par rapport à la culture touarègue.

H. : Ce que je fais appartient à la culture touarègue, mais cela fait partie d’un monde qui ne respecte pas certaines bornes de cette culture. Quelqu’un qui fait des poèmes comme moi est considéré comme celui qui a cassé ses entraves. Il peut se permettre de le faire car soit il est fou, soit il est malade, c’est-à-dire blessé. Et c’est parce que j’ai beaucoup de blessures à soigner, de vides à remplir en moi que j’écris, et que j’écris en tifinar’.

G. D. : Donc, une poésie comme la tienne représente la marque la plus individualisée de la parole touarègue ?

H. : Elle est plus individualisée, c’est vrai, mais en même temps elle reste dans sa culture, parce qu’elle parle des valeurs touarègues, elle les met en jeu, elle les casse ou elle les construit ; elle est là.

G. D. : Une société peut-elle se rassembler autour de ta poésie ?

H. : Chez nous, la poésie de toute façon n’est pas quelque chose qui rassemble. C’est quelque chose d’individuel, qui provoque, qui donne de quoi faire se rassembler les autres. Il y a une autre forme de poésie qui rassemble, le soir, quand on chante, c’est la poésie de cour.
Mais aujourd’hui, il existe une autre poésie parallèle à la mienne, et c’est la seule qui ait sa place : celle des femmes. Elle est différente cependant parce qu’elle critique les autres cultures mais en se couvrant de l’édredon de sa propre culture pour se montrer. Moi, non. Si je dis que je suis de cette culture, c’est peut-être pour justifier le moment où je viens de la casser.
Le problème est de savoir si les Touaregs aujourd’hui sont capables d’utiliser un art de la parole qui parte de leur culture, mais qui ne se cantonne pas dans les formes traditionnelles. Je peux personnellement avoir ma place dans les discussions, mais pas sous forme de poésie. Ce que je fais n’est pas considéré comme de la poésie. C’est un autre genre, une autre parole, c’est de la critique. Dans l’ensemble de la société touarègue, ceux qui m’intéressent dans cette société me comprennent, ils sont avec moi. Mais le Touareg qui ne voit que sa tente, sa petite tribu, je ne crois pas qu’il lui faille une poésie comme cela. La belle petite poésie, celle qui loue la beauté des choses, c’est ça pour lui la poésie.

G. D. : C’est une poésie très codifiée ?

H. : Bien sûr, mais le même individu, quand il se retrouve devant certains événements de sa vie, une fête, un combat, change alors de style d’expression et adopte le mode d’expression esebelbel, sorte de cri et chant personnels, que le guerrier prononce avant de partir en guerre. Ainsi, tout Touareg, avant de soulever un poids, se concentre longtemps et fait un genre de cri qui est la même chose que la poésie que je fais. Quand les gens travaillent dur au puits, ils font cela aussi. Dans son aspect philosophique, esebelbel a encore sa place dans le milieu de la culture touarègue pour ceux qui sont conscients du problème politique touareg.

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G. D. : Mais les poètes qui écrivent en quelque sorte contre leur société, est-ce qu’ils sont bannis de leur groupe ?

H. : Cela paraît incroyable, mais même si leur individualité est poussée à l'extrême, ils ne sont pas rejetés ; on ne peut pas se séparer tout à fait de la société quand on vit dans le désert Un homme ne peut pas vivre seul. Et pourtant, il y a beaucoup de poètes « maudits », qu’on aime ou qu’on n’aime pas ; il y a des poètes obscènes qui sont vraiment horribles. Ce qui est extraordinaire chez les Touaregs, c’est qu’on a le droit de dire tout ce qu’on a envie de dire, qu’on soit individualiste, différent, obscène. C’est libre. Il y a le roi du pays, il n’y a pas le roi de la parole.

G. D. : Est-ce qu’il y a d’autres poètes qui écrivent avec l’alphabet tifinar’ ? Est-ce que ton expérience se rattache à un mouvement d’intellectuels touaregs ?

H. : Il y a eu mouvement de jeunes Touaregs, mais qui n’ont pas été très loin dans l’écriture. Ils ont écrit des petits poèmes par-ci, par-là ; l’idée est là, et ils ont le même désir que moi, mais ce qu’ils font n’est pas très élaboré.

G. D. : Vous avez en commun une même philosophie de la vie ?

H. : Oui, parce qu’on utilise les tifinar’, parce qu'on veut résister à l’alphabet romain et à l’alphabet arabe et qu’en même temps on veut s’affirmer je suis Touareg, j’utilise les tifinar’. Mais dans cette recherche d’une identité culturelle, ils n’ont pas véritablement dépassé l’ancienne barrière. Moi, je veux faire une œuvre, et pour moi, les tifinar' sont la seule chose qui compte. Ce n’est peut-être pas que j’aie plus de choses à écrire, je suis peut-être plus blessé…

G. D. : Pour terminer, comment envisages-tu l’apport de ta poésie à la culture française ? Dans quel sens la culture de l’autre est-elle travaillée par ta propre culture ?

H. : Tout ce que j’écris, ce n’est pas censé apporter quelque chose, ça n’apportera jamais quelque chose. Ce que j’apporte aux autres, ils l’ont déjà, même les Touaregs, ils l’ont. Ce que j’essaie d’apporter, c’est ce que les autres ont en eux.

Notes

1 Les tifinar’ sont un alphabet en usage chez les Touaregs. Cette écriture, très ancienne, se retrouve, peinte ou gravée sur roche, dans toute l’aire sud-méditerranéenne et saharienne. La disposition des lettres est pluridirectionnelle, c’est l’orientation de leur ouverture qui indique le sens de la lecture (p. ex. : [ implique une lecture de gauche à droite, ] une lecture de droite à gauche, une lecture de haut en bas, une lecture de bas en haut). Voir l’article de Hélène Claudot, Tifinar', du burin à la plume, Atelier du triangle, Dauphin, 1985, 17 p.
2 Malek CHEBEL, Le Corps dans la tradition du Maghreb, P.U.F., 1984. L’anecdote est rapportée p. 68-70.
* Propos recueillis par Gérard Dessons.

Pour citer cet article :

HAWAD/DESSONS  (2011). "L’identité Tifinar’  - Propos recueillis par Gérard Dessons, avril 1987".  Revue La Licorne , Numéro 14 (ÉPUISÉ) .

En ligne : http://licorne.edel.univ-poitiers.fr/document5087.php

(consulté le 22/09/2017).

Les auteurs

 
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