Racine et la liturgie des heures

Publié en ligne le 15 mai 2009

Par Christian Belin

La version racinienne des hymnes liturgiques parut pour la première fois, en 1688, dans la traduction du Bréviaire par Le Tourneux1. Dans l’esprit du Concile de Trente, la réforme liturgique était déjà largement amorcée en France. Beaucoup de prélats, à commencer par François de Harlay, archevêque de Paris, avaient demandé une nouvelle version latine du Bréviaire romain, plus conforme aux exigences de la culture humaniste2. Le milieu de Port-Royal, de son côté, entendait aller encore plus loin en proposant une traduction intégrale, en langue vulgaire, du missel et du bréviaire3. Racine prêtait donc sa plume à cette entreprise collective de promotion et de vulgarisation des livres liturgiques officiels. La part qui lui revint fut la traduction des hymnes quotidiennes du temps ordinaire pour les grandes Heures (Matines, Laudes, Vêpres)4, dont la plupart furent composées par saint Ambroise et ses collaborateurs5.

Dans cette œuvre d’adaptation, Racine refait et recrée, selon l’esprit contemporain des « Belles infidèles ». Le traducteur devient à son tour hymnographe, remodelant les strophes vénérables du Corpus ambrosien, ne serait-ce que par le choix délibéré de l’hétérométrie et l’amplification cadentielle des vers6. Cette réécriture se transforme aussi en une méditation sur le contenu propre de ces hymnes quotidiennes qui célèbrent le mystère du temps et interrogent la signification du passage des Heures. Quel défi à relever, pour le poète ou le chrétien, que de contempler sans cesse une même réalité si abstraite, et donc de répéter sans se répéter, en reprenant chaque jour le même schéma méditatif que celui de la veille ! Le cycle hebdomadaire (du lundi au samedi) repose en effet sur la réitération du cycle quotidien (Matines, Laudes, Vêpres). Animé d’une tension permanente, le temps y figure une épreuve à traverser, et s’il reste toujours perçu dans sa dimension liturgique, c’est-à-dire comme un service, une prière et une louange, il n’en est pas moins porteur d’une sévère dramaturgie, celle de l’homme pécheur appelé à se sanctifier dans le temps, malgré l’usure ou la routine qu’il provoque, et l’inévitable dégradation qu’il entraîne. À la lecture de ces hymnes, on entre donc mieux dans l’intelligence racinienne des vingt-quatre heures quotidiennes, et l’on se rappelle que c’est auprès d’une communauté monastique, à Port-Royal, que le jeune poète apprit a considérer pour la première fois7, au rythme des offices, l’agencement mystérieux de la Nuit et du Jour, leur symbolisme chrétien, la « tristesse majestueuse » d’une Journée ordinaire dont la réussite est toujours compromise, mais qui demeure néanmoins constamment replacée dans la perspective de l’Absolu et du Transcendant.

La poésie des Matines éclôt dans les ténèbres. Son thème générique demeure la rupture décisive avec le temps du sommeil et de la somnolence. Racine n’omet jamais de chercher des équivalences lexicales aux verbes latins exprimant cette coupure (rumpere, expellere…), non sans effet de majoration par rapport au texte initial. S’il traduit par exemple d’assez près ces deux vers :

Noctem canendo rumpimus (De la paisible nuit nous rompons le silence)
Expelle somnolentiam (Dissipe ce sommeil qui rend l’âme insensible),8

il réintroduit parfois toute une thématique de la rupture dans un passage où elle ne figurait pas explicitement :

Tandis que le sommeil, réparant la nature,
Tient enchaînés le travail et le bruit,
Nous rompons ses liens, ô clarté toujours pure,
Pour te louer dans la profonde nuit.

Somno refectis artubus,
Spreto cubili, surgimus :
Nobis, Pater, canentibus
Adesse te deposcimus.9

Les hymnes nocturnes célèbrent le clair-obscur de l’homme, physiquement asservi mais spirituellement affranchi, qui ose défier les lois naturelles (celles du sommeil, du repos) en défiant les ténèbres. La poésie des Matines est un silence brisé, le réveil d’un homme pécheur que la nuit risquait de condamner à l’amnésie religieuse.

Romps ce fatal sommeil par qui l’âme charmée
Dort en repos sur le bord des enfers.10

Le texte ambrosien n’utilisait pas cette image évocatrice d’un péril imminent. Étrange lieu métaphysique en vérité que ce bord faussement rassurant et tranquille, mitoyen de la mort, où l’homme en son sommeil est entraîné loin de lui-même vers un non-lieu existentiel qui n’est pas sans rappeler la regio dissimilitudinis augustinienne11. On se souvient que le théâtre de Racine n’ignore pas lui non plus la géographie de ces « sombres bords », près desquels les âmes captives cherchent la délivrance12. Entre deux états, le sommeil et la veille, mais aussi entre deux mondes ou deux univers, ceux du péché et de la grâce, l’instant du réveil doit coïncider pour le chrétien avec le retour d’un souvenir lucide et actif. Anticiper le jour levant, par la poésie déprécative des hymnes, signifie bien virer de bord, reprendre conscience de soi et de Dieu.

La série des hymnes pour les Matines contemple ainsi la Nuit dans son mystère de mort et d’ensevelissement, comme une réalité physique chargée de significations religieuses. Racine aime interroger son étrange ambivalence à l’aide de qualificatifs qui en expriment la dualité irréductible. « Paisible» ou « profonde », la nuit reflète en quelque sorte, comme chez Hopil, l’opacité divine, cette profondeur métaphysique du Dieu un et trine, qui constitue le thème central de la strophe doxologique finale dans la série des hymnes pour les Laudes.

Gloire à Toi, Trinité profonde,
Père, Fils, Esprit saint : qu’on t’adore toujours,
Tant que l’astre des temps éclairera le monde,
Et quand les siécles même auront fini leur cours.13

Seules la nuit et la Trinité ont droit à cette même qualification, et il est significatif que ce transfert de mot n’existe pas dans le texte d’origine. Racine développe ainsi toute une poésie de la nuit presque absente des hymnes ambrosiennes. Images sensibles du péché, les ténèbres du monde physique renvoient l’âme à sa propre obscurité, et en ce sens la « nuit sombre »14 n’est qu’une « nuit fatale »15. En réalité cependant la nuit offre un cadre propice à l’exercice quotidien du discernement spirituel.

De toutes les couleurs que distinguait la vue
L’obscure nuit n’a fait qu’une couleur.16

Aveuglé par le péché, l’homme doit surtout redouter cette anesthésie de l’âme.

Loin de nous cette nuit dont nos âmes couvertes
Dans le chemin du crime ont erré si longtemps.17

C’est donc au cœur des ténèbres que l’on perçoit le mieux leur signification métaphorique : la véritable nuit n’est jamais que celle du monde livré aux désirs et aux désordres. La prière adressée au Christ, au moment des Laudes, lui demande de répéter en quelque sorte le geste fondateur du fiat lux, par le discernement salvifique du jour et de la nuit.

Du siècle ténébreux perce l’obscure nuit.18

Racine n’insiste pas outre mesure, néanmoins, sur l’équivalence nuit/Corruption rendue possible et maintes fois exploitée par le latin (nox/noxius, noxia). La nocivité des ténèbres lui importe peut-être moins que leur ambivalence symbolique. Rompre le sommeil, pour se lever et chanter, revient à choisir la meilleure part de la nuit, à lui laisser signifier le langage du Dieu caché dans la nuée.

Par l’hymne nocturne d’un matin anticipé se perçoit mieux le mystère du discernement des élus : tandis qu’un siècle étrangement indifférent court à sa perte en se croyant en paix, les âmes fidèles cherchent Dieu dans l’invisible.

Tandis que du sommeil le charme nécessaire
Ferme les yeux du reste des humains,
Le coeur tout pénétré d’une douleur amère,
Nous implorons tes secours souverains.19

Le vrai repentir s’accompagne de componction, mais aussi d’une certaine souffrance provoquée par l’égarement de ce « reste des humains », masse de perdition potentielle, dont l’insouciance confirme le caractère mystérieusement discriminatoire de la « grâce invincible »20. Pendant le sommeil, les hommes ne peuvent empêcher le naufrage de leur conscience, mais la certitude de la vigilance divine, pendant cette même éclipse de la raison, devrait les presser de se réapproprier au plus tôt une précieuse faculté qui peut leur apporter un surcroît de lucidité spirituelle. C’est l’objet même de la prière des Laudes adressée au Christ-Lumière :

Souvent notre âme criminelle
Sur sa fausse vertu téméraire s’endort;
Hâte-toi d’éclairer, ô lumière éternelle, Des malheureux assis dans l’ombre de la mort.21

On reconnaît là des expressions ou des thèmes chers à Senault, à Nicole ou à La Rochefoucauld, absents du texte originel, et qui soulignent la déréliction ontologique de l’homme. Telle est la situation tragique du pécheur : livré à l’impermanence de la chair et de l’esprit, il ne peut assumer par lui-même l’écrasante permanence de Dieu. Les premiers chants du chrétien éveillé, à Matines comme à Laudes, sont les nocturnes d’une âme qui appréhende de manière rétroactive tout le temps perdu pendant le sommeil. Prier dans la nuit signifie alors rattraper tout ce temps gaspillé, en consacrant une part des ténèbres à la gloire divine. D’ailleurs la nuit n’est jamais que la phase nocturne du Jour, son envers énigmatique, une étrange suspension apparente du temps de l’existence. L’alternance des heures diurnes et nocturnes y trouve là son sens plénier, comme l’exprime la finale en contre-rejet de cette strophe :

Et que par toi finisse
Le jour par toi saintement commencé.22

Racine développera ailleurs l’aspect eschatologique d’une Journée sans fin ni commencement, image de l’éternité attendue.

Chantons l’auteur de la lumière,
Jusqu’au jour où son ordre a marqué notre fin,
Et qu’en le bénissant notre aurore dernière
Se perde en un midi sans soir et sans matin.23

Durant le cours de l’existence, le matin est vécu comme le retour à la temporalité, à l’usure des jours. Dès les premières heures, cette prise de conscience engendre une certaine inquiétude, que ne dissipe jamais totalement la montée au zénith de cet « Astre dont le soleil n’est que l’ombre grossière »24. Au petit matin il y a toujours urgence, comme on le perçoit du reste, dans un autre contexte, sur la scène tragique racinienne. Au commencement d’une Journée décisive, un surcroît de conscience se conjugue souvent avec une irrésistible montée de l’angoisse. L’insomniaque Agrippine, dans la scène d’ouverture de Britannicus, mesure les dégâts causés par un edax tempus qui désormais lui échappe. Intellectuellement lucide, mais frustrée par son impuissance sur les événements, elle s’efforce d’anticiper le Jour comme on retarde en vain une catastrophe méluctable. Quelque chose de similaire se produit chez le chrétien qui cherche chaque jour à conjurer un mal dont il se sait porteur et victime au sein d’un monde corrompu.

Que ce jour se passe sans crime,
Que nos langues, nos mains, nos yeux soient innocents ;
Que tout soit chaste en nous, et qu’un frein légitime
Aux lois de la raison asservisse les sens.25

Or chaque Journée tragique, au théâtre, comme chaque Journée chrétienne, dans la vie, infligent un cuisant démenti à ce rêve d’innocence. Le Jour ne fera que confirmer la Nuit, et la réalité sera conforme aux plus noirs phantasmes entrevus dans le sommeil,

Ces objets dangereux que la ruse infernale
Dans un vain songe offre à nos sens trompés.26

Racine amplifie et accentue ces sombres motifs brièvement développés dans les hymnes d’origine. L’arrière-plan ténébreux de l’homme, au plus profond de son cœur comme dans son histoire personnelle ou sociale, n’est jamais naïvement ignoré, mais au contraire assumé par la prière intermittente des Heures canoniales. Au fil de cette liturgie revient avec insistance le souvenir de l’abîme séparant la créature du Créateur. Et cet espace intercalaire, rendu plus sensible par l’espacement même des Heures, ressemble à la longue nuit qui précède Matines. La prière doit certes être continuelle, pour le Corps mystique de l’Église et chacun de ses membres, mais la conscience chrétienne, blessée dans ses forces vitales, reste nécessairement discontinue, condamnée à l’errance ou à l’oubli. La strophe doxologique utilisée pour toute la série des Vêpres enregistrera ce puissant décalage entre notre désir de prier, dans le temps, et l’impossibilité effective de le faire en plénitude, puisque la Trinité transcende un temps qu’elle modèle à sa guise.

Règne, ô Père éternel, Fils, Sagesse incréée,
Esprit saint, Dieu de paix,
Qui fais changer des temps l’inconstante durée,
Et ne changes jamais.27

Le chant des hymnes ne procure qu’une veille partielle, une brève suite d’instants fugitifs de lucidité pendant lesquels s’estompe la nuit coutumière des âmes. La poésie liturgique inscrit dans le sempiternel décompte des Heures la soif d’absolu des fidèles pécheurs. C’est en constatant son déficit spirituel qu’on éprouve une certaine hâte à le combler. D’un manque originel procède un besoin accru de lumière.

Sous le pâle horizon l’ombre se décolore :
Lève-toi dans nos cœurs, chaste et bienheureux jour.28

La prise de parole correspond à un moment de ferveur et de désarroi : comment réparer tant de dégâts accumulés, comment éviter une auto-destruction de soi sans cesse recommencée ? Il y a toujours urgence à racheter le temps perdu, car la catastrophe finale (celle du Jugement) commande toujours plus impérieusement, comme à rebours, notre destinée du moment. Peut-être comprend-on mieux ainsi un aspect essentiel de la dramaturgie racinienne, au seuil même des tragédies, l’enclenchement instantané, progressif et nerveux d’une dynamique de mise à jour. Une lumière aveuglante, et finalement meurtrière, se répand dans les cœurs en révélant des vérités trop longtemps occultées. En contexte chrétien, le caractère bénéfique de la Lumière ne l’empêche pas néanmoins d’exercer sa fonction discriminatoire, et les hymnes du bréviaire méditent sur cette œuvre de clarificafion que Dieu poursuit à travers le fatal engrenage d’une temporalité humaine comme abandonnée à ses propres lois. L’éternelle vigilance du Créateur le rend omniprésent sur la scène du monde et, en l’occurrence, ce n’est pas tellement Dieu qui se cache de l’homme, mais l’homme qui se cache de Dieu.

Du haut de sa sainte demeure
Un Dieu toujours veillant nous regarde marcher;
Il nous voit, nous entend, nous observe à toute heure;
Et la plus sombre nuit ne saurait nous cacher.29

De jour comme de nuit opère le péché, à la manière d’un cancer, dans les méandres du cœur comme dans les souterrains de l’inconscient. Et les ténèbres, physiques ou métaphysiques, sont les limbes quotidiens de l’esprit, les marques d’une peine infligée aux fils d’Adam. C’est du fond de cet abîme, de profundis, que la voix des hymnes s’adresse à la « Trinité profonde », pour clamer sa louange malgré l’impuissance ontologique des hommes, leur captivité charnelle, leur aliénation spirituelle. Racine insiste beaucoup plus sur ces réalités que sur celles de la Création, pourtant évoquées longuement dans la série des hymnes pour Vêpres, dont elles constituent la substance thématique, au fil de l’hexaméron biblique. En traduisant ces poèmes du soir, le poète ne glose pas ni ne risque, comme ailleurs, une quelconque interprétation plus personnelle du texte officiel. Les beautés de la nature ne retiennent pas son imagination, comme si la plénitude optimiste de la Création parlait moins à sa sensibilité religieuse que la situation existentielle de l’homme, revécue quotidiennement dans l’anticipation nocturne du Jour et la permanence diurne des ténèbres.

Racine harmonise donc davantage l’ensemble du corpus des hymnes quotidiennes contenues dans le Bréviaire romain. Sa traduction, parce qu’elle privilégie certaines images, fait ressortir les valeurs symboliques et métaphysiques attachées au thème de la Nuit. Si la liturgie officielle revit la traversée des ténèbres comme un exode pascal renouvelé, le poète poursuit d’heure en heure sa méditation sur la continuité, en nous, de la Nuit originelle, que ne dissiperont jamais les approches consolatrices du Jour. Une sorte de complémentarité essentielle, et non pas seulement logique, unit les Matines aux Laudes. L’avance chronologique des Heures semble consommer une nécessaire et bénéfique rupture, mais la discontinuité de la conscience la rend toujours plus improbable.

Tout un passé chaotique, toute une préhistoire ténébreuse se rappellent au souvenir du chrétien en prière. L’aurore est déjà lourde du crépuscule, puisque le présent n’efface pas le passé, et que le jour d’aujourd’hui, lieu véritable de l’actualisation liturgique, n’abolit pas les échecs personnels de la veille. Un paradoxe parcourt ainsi ces poèmes : la célébration festive d’un temps racheté, celui-là même du Christ, n’empêche pas le pécheur de déplorer un temps perdu, le sien bien sûr, mais aussi celui des hommes qui dorment encore. Racine écrira dans ses Cantiques spirituels que «Nos clartés ici-bas ne sont qu’énigmes sombres »30. Les Hymnes sont pénétrées d’une telle vérité, que leur ressassement méditatif module à l’infini. La poésie des Heures y gagne en profondeur, et la liturgie se laisse pénétrer par une sombre dramaturgie de l’existence. Au commencement programmé d’une Journée toujours décisive, malgré ou plutôt à cause de son unicité singulière, une Nuit redoutée, antérieure ou ultérieure, conspire toujours contre une promesse d’éclaircie spirituelle. Le Jour cependant, sublime et sublimé, demeure l’objet d’un désir inassouvi dont la satisfaction ne surviendra que plus tard, au dernier Jour justement, lorsque retentira, dit encore le poète,

Au sein de la lumière même
Le cantique de mes soupirs.31

La version racinienne des Hymnes chante ce transit existentiel de la vie chrétienne, ce décompte à rebours des Heures consacrées ou perdues dans le clair-obscur d’une peregrinatio vouée aux incertitudes.

Notes

1 Nicolas Le Tourneux (1640-1686) avait déjà traduit L’Office de la semaine sainte (1673). Il donnera dans sa monumentale Année chrétienne (13 vol., 1682-1701) une traduction complète des offices assortie de paraphrases et de commentaires. Le Bréviaire fut condamné par Harlay, archevêque de Paris, et l’Année chrétienne fut mise à l’Index en 1691. Antoine Arnauld intervint aussitôt dans la querelle dans sa Défense des versions de l’Écriture sainte, des offices de l’Église, et en particulier de la nouvelle traduction du Bréviaire… Sur Le Tourneux, rernarquable apôtre de la liturgie, stupidement condamné, voir les beaux chapitres que lui ont consacrés des esprits aussi différents que Sainte-Beuve, Port-Royal, V. p. 209-234 et H. Bremond, Histoire littéraire de sentiment religieux, X, p. 37-58.
2 Dans la préface du Breviarium parisiense Illustrissimi et Reverendissimi lit Christo Patris D.D. Francisci de Harlay, Parisüs, Sumptibus Frederici Leonard, 1680, Harlay se vantait d’avoir obtenu de ses hymnographes une version beaucoup plus élégante des hymnes. Son intention était en effet de « hymnos meliori stylo elaboratos in rudiorum locum substituere ». Sa condamnation du Bréviaire de Le Tourneux ne reposera que sur le fait même de la traduction en français, entachée par ailleurs, selon lui, de formules « jansénistes ».
3 Corneille avait publié, en 1670, une traduction complète des hymnes du bréviaire qui se caractérise par un souci très grand de littéralité. Voir le texte dans Œuvres complètes, éd. A. Stegmano, Seuil, « Intégrale », 1963, p. 1083-1105.
4 Racine n’a pas traduit les hymnes rattachées à la célébration du dimanche (vêpres du samedi ; matines, laudes et vêpres du dimanche). Nous avons donc un total de 17 hymnes. Nous utilisons l’édition R. Picard, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade», 1951, p. 1000-1012.
5 On aura un aperçu des richesses de l’hymnologie chrétienne occidentale à travers les âges dans Poésie latine chrétienne du Moyen-âge. IIIe-XVe siècle, textes recueillis, traduits et commentés par H. Spitzmuller, Desclée de Brouwer, 1971.
6 La poésie ambrosienne, encore métrique et non syllabique, utilise un vers iambique court à l’intérieur de quatrains. Racine conserve le schéma et le nombre des strophes, mais il fait usage de l’alexandrin, du décasyllabe, de l’octosyllabe, et même, dans la série des vêpres, de l’hexamètre.
7 On ignore la date de composition exacte des Hymnes, mais on sait que Racine adolescent avait déjà traduit quelques pièces du bréviaire. Il les corrigea partiellement pendant sa maturité, et il n’est pas impossible, comme le rappelle R. Picard, que ce travail ait été contemporain d’une partie de son œuvre dramatique.
8 Le Mardi, à Matines, p. 1002.
9 Le Lundi, à Matines, p. 1000.
10 Le Mercredi, à Matines, p. 1003.
11 Confessions, Bibl. august., vol. 13, Desclée de Brouwer, 1962, Livre VII, X, 16, p. 616.
12 Employé 21 fois dans les tragédies, le mot bords figure 11 fois dans Phèdre.
13 La strophe est identique chaque jour. L’expression « Trinité profonde » ne figure pas dans le texte latin original.
14 Le Lundi, à Matines, p. 1001. Voir aussi, Le Mercredi, à Laudes, p. 1004.
15 Le Vendredi, à Matines, p. 1006.
16 Le Jeudi, à Matines, p. 1005.
17 Le Jeudi, à Laudes, p. 1005.
18 Le Vendredi, à Laudes, p. 1007.
19 Le Vendredi, à Matines, p. 1006.
20 Le Mardi, à Matines, p. 1002. Cette expression avait été l’un des motifs invoqués pour condamner la traduction du Bréviaire par Port-Royal. Les censeurs y avaient cru déceler une preuve de « jansénisme ». Racine avait totalement réécrit le vers original (« Aufer tenebras mentium ») en opposant la force naturelle et limitée du sommeil « qui rend l’âme insensible » à la force surnaturelle et illimitée de la « grâce invincible ». La rime des deux adjectifs (dans les deux seuls alexandrins de la stropbe) soulignait bien sûr ce contraste et accentuait une fois de plus l’effet de rupture provoqué par le recommencement quotidien de la prière chrétienne. Source de grâce pour tous ceux qui y participent, le chant liturgique est déjà un effet de la grâce.
21 Le Mercredi, à Laudes, p. 1004.
22 Le Lundi, à Matines, p. 1001. On perçoit ici l’écho atténué d’un vers célèbre de Bérénice, mais sur un registre différent. La ferveur dévote s’est substituée à l’élégie mélancolique.
23 Le Samedi, à Laudes, p. 1009.
24 Le Lundi, à Laudes, p. 1001. Racine parle évidemment du Christ.
25 Le Jeudi, à Laudes, p. 1006.
26 Le Vendredi, à Matines, p. 1006. Voir aussi Le Samedi, à Laudes, où les songes, « troupe menteuse », sont perçus comme des « Dangereux ennemis par la nuit enfantés », p. 1008.
27 Strophe identique pour chaque hymne des Vêpres, p. 1009-1012. C’est encore un autre exemple de surinterprétation du texte latin, qui est ici beaucoup plus neutre, voire banal :
28 Le Vendredi, à Laudes, p. 1007.
29 Le Jeudi, à Laudes, p. 1006. Racine confère un tour fortement dramatique au texte latin, en multipliant les verbes d’action et en rajoutant le double thème final des tenèbres et de la cachette. L’original disait :
30 Cantiques spirituels, Cantique premier, À la louange de la Charité, dans Œuvres complètes, op. cit., p. 1015.
31 Ibid.

Pour citer cet article :

Belin Christian (2009). "Racine et la liturgie des heures".  Revue La Licorne , Numéro 50 .

En ligne : http://licorne.edel.univ-poitiers.fr/document4370.php

(consulté le 21/09/2017).

Les auteurs

  • Christian Belin

    Professeur de littérature française (XVIIe siècle) à l’université Paul Valéry de Montpellier. Dernières publications : La méditation au XVIIe siècle. Rhétorique, art, spiritualité, Champion, 2006 ; La Tradition rassemblée (en collaboration avec Guy Bedouelle et Simone de Reyff), Academic Press Fribourg, 2007.

 
Revue La Licorne - ISSN 0398-9992
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