Si quelque chose noir

Publié en ligne le 10 février 2006

(douze poèmes)

C’est le soir, dit-il, si quelque chose noir, si du moins il n’est pas possible que rien s’éclaire de rien. En effet, que toutes choses sans exception aient de l’ombre, ou bien pas toutes, lumières dans les deux cas, et c’est d’aucune lumière qu’elles surviendraient, si elles surviennent. En effet, et toutes sans exception s’assombrissent, le mur avance sous le cyprès ; et toujours, de l’ombre survenant, rien ne se tient là immobile, plus nombreux et plus grand, dès lors ; au bas, remué, sous la vigne, d’ails incultes.

C’est impossible, dit-il, si quelque chose noir, que cela s’éclaire ; et ce, parlant du noir. Nécessairement en effet, c’est bien soit de lumière soit de non lumière que s’éclaire ce qui s’éclaire, et par la fenêtre de l’atelier. Mais ni l’un ni l’autre n’est possible : la lumière ne reçoit pas la lumière plutôt que la non lumière ne la pousse : le toit ne fait pas du soleil un rectangle, le puits n’en fait pas une graminée, ni au contraire l’herbe une branche blanche d’amandier. Il serait noir comme dans le jour, ce qui est impossible. Immobile donc, pour ces raisons, immobile.

Il n’est, dit-il, rien du noir ; d’ailleurs, si quelque chose noir, ce n’est pas dicible ; d’ailleurs, si quelque chose noir et c’est dicible, ce n’est pas concevable aux autres.

l’étant, éclairé, cela bouge, parce que cela n’a pas de principe, chose où s’engloutir, et pas, non plus, de nuage en quoi, devenant cela, prendre fin, solaire.

Mais c’est tout, bien que sous l’éclairement, une : en effet, si c’était dix, si c’était même deux, ils se pénètreraient transparents, aux limites des uns, les autres.

l’étant, lumière, c’est semblable partout : dissemblable, ce ne serait plus, tu ne serais plus. C’est la trace seule qui serait.

l’étant, lumière, bougeante et semblable partout, t’immobilise. En effet, tu ne pourrais qu’aller à la rencontre de la dalle au périmètre dessiné par le soleil ou sinon, en revenir. Or on se déplace nécessairement vers quelque chose noir, si quelque chose, sinon le vide ; mais des deux l’un ne peut recevoir la succession, les seconde à seconde de photons, en chaque point et grain, bougie, et l’autre n’est rien que le vide.

tu ne réordonnes pas ta position ; tu n’altères pas ta forme ; tu ne te mélanges à rien d’autre qu’au sol, qu’à la poussière, qu’à toi. Sinon, tu te multiplierais, et quelque chose noir serait et quelque chose détruit, de toute nécessité.

l’étant, telle, lumière sans trouble, lumière sans douleur, effective au regard de l’angle, à demi tourné vers la fenêtre de sous chaque sein, même si, en mouvement les unes vers les autres tes personnes intervalles, glissant dans un lait, chacune prise d’image, sans mélange sans juxtaposition, et devenant par séparation, comme une destinée ombreuse de mêmes, les premières frottées de celles qui se sont suivies, posées les unes sur les autres, toi ou toi ; lumière nuit. Mais des deux, ni l’une ni l’autre ne se produit.

En effet, de même que lorsque je dis de la nuit qu’elle est partout noire, je ne signifie rien d’autre que : entre tous les cyprès sur la colline, tu n’éclaires que la noirceur, de même qu’est-ce qui empêche ici encore que je ne dise la nuit partout ne rien voir ne rien entendre et s’enfoncer, au sens où quelque lieu du monde que je désigne, il en sera pénétré ? mais comme la nuit et pas plus qu’elle, la lumière n’a pour autant nécessité d’être, si quelque chose noir.

ce que quelqu’un a vu comment, dit-il, le dirait-il si quelque chose noir ? comment cela justement deviendrait-il manifeste à qui sortant – il ne voit pas, dit-il, ce quelque chose noir, et sans la vue ne parvient pas à connaître la nuit sphérique de grillons – à qui sortant, dit-il, les cyprès et le mur et les étoiles gonflées de rouge et la chaleur différée, différemment le refusent, en même temps, plusieurs.

tous, et le noir, sont obstacles d’étés plus anciens, si bien que, dans la lumière portant sur eux, c’est à cela aussi qu’il faut s’attacher.

1980

Pour citer cet article :

 (2006). "Si quelque chose noir".  Revue La Licorne , Numéro 40 .

En ligne : http://licorne.edel.univ-poitiers.fr/document3363.php

(consulté le 21/09/2017).

Les auteurs cités

 
Revue La Licorne - ISSN 0398-9992
Faculté des Lettres et des Langues - Maison des Sciences de l'Homme et de La Société
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